Alors commença une lutte épouvantable contre les éléments en furie....
Combien de temps dura cette lutte, rendue impossible par la perte des rames et de tout espar pouvant servir à diriger l'embarcation!
Qui pourrait le dire?
Peut-être dix minutes!.... Peut-être une heure!
Devenue le jouet des flots, mais chassée tout de même vers la côte par une saute de vent, la chaloupe se défendit comme elle put jusqu'au-dessus des rochers formant le bras occidental de la baie, dans les marées ordinaires.
Mais quand il fallut passer au milieu de ce chaos mouvant, les deux naufragés, se sentant perdus, firent leur acte de contrition.
Quelle gigue échevelée de montagnes d'eau heurtées! quels sifflements sinistres de la tempête à son paroxysme! que d'obscurité partout!...
A demi submergée, la chaloupe tourbillonnait au centre de cet enfer liquide, épave perdue, jouet des flots, cercueil flottant....
Glacés d'horreur et de froid, les deux naufragés, cramponnés aux bancs, se tenaient à chaque extrémité de la petite embarcation.
On ne parlait pas. A quoi bon, du reste, parler au sein de ce charivari!