A un moment donné, Gaspard crut entrevoir la masse sombre de la côte.
Il cria à son cousin:
—Terre! terre! nous sommes sauvés!
Mais aucune voix ne lui répondit.
Se penchant pour mieux voir, Gaspard constata avec horreur qu'Arthur avait disparu, emporté sans doute par une lame, ou tombé par-dessus bord, Dieu sait quand!....
Alors, pris de désespoir, il voulut périr lui, aussi. Mais au moment de mettre à exécution ce projet conçu en une minute d'affolement, il sentit que la chaloupe, après avoir été soulevée une dernière fois par un bourrelet d'eau, retombait sur la terre ferme....
Perdant pied, il fut lancé au dehors, sans même avoir eu le temps de faire un geste.
Et ce n'est qu'un peu avant le jour qu'il avait repris connaissance et s'était trouvé sur le sable du rivage, à plus d'un mille de la baie.
Ce récit fantaisiste, arrangé et classé dans la tête froide de Gaspard, il n'y avait plus qu'à retirer du flanc de la chaloupe la pointe de roc qui s'y était encastrée solidement.
Gaspard dut s'y prendre à deux fois et se servir d'un levier; car telle avait été la force de projection qui avait jeté l'embarcation sur ce rocher pointu, que l'ouverture, une fois dégagée, semblait faite à l'emporte-pièce.