S'étant ainsi mis dans un état de feinte excitation pour chasser de son esprit la mauvaise impression qu'il remportait de sa visite,—à l'instar des gens peureux qui chantent, la nuit, quand ils cheminent seuls dans Te voisinage d'un cimetière,—maître Gaspard hâtait sa marche vers le chalet de la famille Noël, sa nouvelle résidence.

A mesure au'il approchait, sa figure subissait une transformation singulière.

De sombre et dure, qui était son caractère habituel, elle devenait insensiblement mélancolique et.... touchante.

Ce gaillard là, orné de toutes les passions qui rendent un homme redoutable au sein des sociétés organisées, était devenu un véritable comédien tout seul, sans études, en pleine solitude du Labrador.

Il était absolument maître de ses sens, et il avait la tête froide d'un chef de bandits.

A peine entré dans le chalet, où la famille Noël se trouvait réunie pour dîner il se laissa choir sur une chaise, la tête basse, les bras ballants.

—Oh! oh! il paraît qu'on t'a mal reçu, chez l'oncle Jean.... fit remarquer Thomas, d'un ton goguenard.

Gaspard ne répondit qu'en baissant davantage la tête.

—Serait-ce possible? dit madame Noël, prompte à s'apitoyer.

—On m'a, chassé, madame! murmura Gaspard, d'une voix sépulcrale.