—C'est dit.... Allons, mes enfants, à table!
Le repas fut pris au milieu d'un silence presque général
La mère, en dépit de ses efforts, semblait préoccupée.
Louis, d'ordinaire gai comme un pinson, avait l'air rêveur d'un amoureux dont le coeur est pris sérieusement.
Suzanne, elle, n'avait consenti à se mettre à table que sur les instances de sa mère, qui n'aimait pas à la voir passer ses jours seule dans sa chambre ou errant dans le bois, retournant sans cesse le glaive dans la blessure de son coeur.
Elle ne mangeait guère, la pauvre fille, depuis la catastrophe qui lui avait enlevé son fiancé. Un cercle de bistre entourait sea yeux, qui semblaient agrandis et où brillaient parfois des rayons ophéliens.
Pour tout dire en un mot, Suzanne faisait penser à un jeune arbre frappé de la foudre en pleine sève.
Qu'allait-il arriver?....
L'arbre allait-il mourir?.... Ou bien la sève vigoureuse de la jeunesse, un instant arrêtée dans sa marche, reprendrait-elle ses fonctions vivifiantes, faisant reverdir les rameaux affaissés et mollissants?...