Voilà ce qu'on pouvait se demander en voyant cette jeune fille à la démarche languissante, au regard atone.
C'est que le coup dont elle souffrait avait été aussi rude qu'inattendu....
Songez donc!
Lorsque quelques heures à peine la séparaient du moment où elle allait être unie à l'élu de son coeur, la plus terrible des catastrophes était venue anéantir cet espoir, briser ce rêve!....
Et cela, du jour au lendemain, en pleine fièvre de préparatifs matrimoniaux,... comme un grand coup de foudre dans un ciel clair!
Près de trois semaines s'étaient écoulées depuis la sinistre disparition de son fiancé, et c'est à peine si la pauvre Suzanne parvenait A réaliser sa situation de veuve avant d'avoir été mariée.
Il convient d'ajouter que tout le monde, au Chalet, lui montrait une sympathie émue,—Louis surtout, qui adorait sa soeur.
Combien de fois le jeune homme n'avait-il pas traversé la baie pour aller aux informations et porter aux parents du pauvre Arthur les condoléances de la fiancée, trop faible encore pour s'y rendre elle-même!
Bref, Suzanne avait été très malade et pouvait être considérée, après deux semaines de crises nerveuses et de larmes, comme une convalescente à sa première sortie.
On s'abstenait donc, en sa présence, de toute allusion au drame de l'Îlot, et le mot d'ordre était de n'avoir pas l'air d'être sous le coup d'une dea plus fortes émotions qu'eût encore éprouvée la petite colonie.