Inutile de dire que les convives y firent honneur,—Thomas surtout, qui mastiqua et engloutit une demi-heure durant, sans souffler mot.
Les autres, moins voraces quoique passablement affamés aussi, devisèrent gaiement tout en ne perdant pas un coup de fourchette.
Les femmes, naturellement, n'étaient pas les dernières à fournir leur quote-part dans ces conversations à bâtons rompus.
En effet, Suzanne, car la jeune fille s'appelait ainsi,—semblait avoir vaincu sa timidité habituelle pour faire fête aux hôtes généreux qui mangeaient à la table maternelle. Avec un tact parfait, inné, intuitif chez la femme, elle partageait également ses attentions entre les deux cousins; mais un observateur attentif aurait probablement découvert que celles portées à Arthur se nuançaient d'un peu plus d'intérêt.
Un incident qui se produisit vers la fin du repas eût, d'ailleurs, levé tout doute à cet égard.
Arthur avait le poignet droit enveloppé d'un linge assez grossier. Or, en gesticulant suivant son habitude, lorsqu'il avait le coeur en liesse, il se heurta contre la chaise de son voisin....
Il fit aussitôt une grimace de douleur, et sa chemise se teignit de sang.
Suzanne vit et le geste de souffrance et le sang rouge qui suintait assez abondamment à travers la manche de la chemise.
Elle devint toute pâle et s'écria:
—Ah! mon Dieu, M. Arthur, vous vous êtes fait mal!