—Voyez-vous mon jeune ami, on n'est pas femme de marin sans connaître un tantinet tous les métiers.... Et, tenez, moi qui vous parle je suis un peu médecin, un peu apothicaire et même assez bonne rebouteuse. Pas vrai, les enfants?
—Comme le soleil nous éclaire! dit gravement Thomas.
—Sans compter que maman possède un gros livre tout plein de recettes plus merveilleuses les unes que les autres... ajouta Louis avec une parfaite conviction.
—Voilà, qui est bon à savoir! fit remarquer Gaspard, jusque là, silencieux. S'il arrive malheur à quelqu'un de nous, madame trouvera à exercer son talent.
—Plaise à Dieu que l'occasion ne se présente jamais ou du moins que je n'aie que des bagatelles à guérir!.... murmura la veuve, en regardant avec tendresse ses deux fils et sa fille.
—Puis, un peu honteuse de ce regard compromettant, où il y avait bien une certaine dose d'égoïsme maternel,—que personne ne songea, à blâmer, d'ailleurs,—elle ajouta en terminant le pansement:
—Surtout, mes enfants, ne vous avisez pas de compter trop sur la mère Noël pour réparer les suites de vos imprudences. La vue du sang m'énerve, et je ne sais trop si je ne m'évanouirais pas, rien qu'à jeter un coup-d'oeil sur une blessure faite avec une hache ou une arme à feu.... Quant aux coups de couteaux, ah! Jésus! je n'en puis voir depuis....
—...Depuis le meurtre de notre père, n'est-ce pas, maman? acheva étourdiment le petit Louis.
—Vas-tu finir toi! gronda Thomas, en regardant son frère avec un froncement sévère de ses sourcils en broussailles. Tu sais bien, ajouta-t-il, que la mère n'aime pas qu'on rappelle ce souvenir-là!
—Au contraire! riposta avec énergie le garçon ainsi interpellé. Maman n'a pas oublié que papa a été tué méchamment et que son meurtrier est peut-être encore de ce monde, se moquant de la justice des hommes, en attendant celle de Dieu.