Tout dormait chez les Labarou.
La nuit, faiblement éclairée par un mince croissant de lune, était sonore,—si l'on peut employer ces deux mots pour rendre le grand silence de la nature endormie, traversé seulement par le monotone mugissement des cataractes.
Deux heures venaient de sonner.
La fenêtre d'une sorte d'appentis, adossé au mur d'arrière de la maison, s'ouvrit doucement, et une tête brune, coiffée d'une casquette de loup-marin, surgit de l'entre-bâillement.
Cette tête tourna à droite, tourna à, gauche et se dressa même en l'air, inspectant, écoutant, se rendant compte enfin de tout ce qui pouvait tomber sous deux de ses sens principaux: la vue et l'ouïe.
Satisfait en apparence de son investigation, le propriétaire de la susdite,—maître Gaspard, s'il vous plaît,—mit un pied sur l'appui de la fenêtre et, fort légèrement, ma foi, sauta au dehors, sur le gazon.
Puis il referma silencieusement la fenêtre et s'éloigna à pas de loup.
Arrivé près d'un hangar, servant de remise pour les agrès, seines à pêche, outils de charpentier, etc., notre homme y pénétra, pour en sortir aussitôt avec une hache et une égohine.
Puis jetant un dernier coup-d'oeil sur l'habitation plongée dans le sommeil, il partit d'un pas relevé, courbant le dos, se faisant petit comme un malfaiteur.
Une fois sous bois, loin de toute oreille indiscrète, Gaspard se départit un peu de sa rigidité habituelle, ou plutôt il releva son masque.