«Écoutons l'histoire!… dit une jeune dame.
«Oh, racontez-nous-la! s'écrièrent tous les convives.
«Le prudent vieillard jeta les yeux autour de lui, et après avoir vérifié l'âge des dames, il sourit en disant: Puisque nous avons tous expérimenté la vie, je consens à vous narrer l'aventure. Il se fit un grand silence, et le conteur commença.
«Plus d'une fois les dames, privées de leurs éventails, rougirent des aveux un peu trop sincères faits par l'aimable vieillard, dont l'élocution prestigieuse obtint grâce pour certains détails de ses amours éphémères, détails que nous avons supprimés comme trop érotiques pour l'époque actuelle. Cependant, il est à croire que chaque dame le complimenta particulièrement; car quelques temps après il leur offrit à toutes, ainsi qu'aux convives masculins, un exemplaire de son récit imprimé à vingt-cinq exemplaires par Pierre Didot. C'est sur le no 24[9] que nous avons pris les éléments de cette narration.»
Le bruit courut alors qu'une princesse impériale avait fourni les principaux traits du tableau, et que Denon était un peintre indiscret. On n'ignore pas que Denon connut beaucoup par sa liaison avec Dorat, cette femme, aussi gracieuse qu'aimable,[10] dont le poëte Lebrun a dit:
Chloé belle et poëte a deux petits travers
Elle fait son visage et ne fait pas ses vers.
A la suite de ces bruits, plusieurs exemplaires de ce conte auraient été détruits.
Dans les premières éditions de la Physiologie du mariage, Balzac n'indique aucun nom d'auteur; ce n'est que dans une des dernières de cet ouvrage qu'il fit connaître que Point de lendemain ne lui appartenait qu'en qualité d'éditeur, puis mieux renseigné à l'égard du conte et du conteur, il remplaça le nom de Denon par celui de Dorat dans l'édition de la Comédie humaine.
La plupart des bibliographes ne mentionnent que la petite édition que le baron Vivant-Denon, alors directeur général des musées de l'empereur, fit imprimer, en 1812, chez Pierre Didot sans nom d'auteur. Ils ignoraient sans doute l'existence de Point de lendemain dans les œuvres de Dorat. Cependant M. Brunet, dans sa dernière édition du Manuel de l'amateur de livres[11], tome II, 1re partie, indique que le conte parut pour la première fois dans les œuvres de Dorat. M. Paul Chéron, de la bibliothèque impériale, dans son Catalogue général de la librairie française au XIXe siècle[12], signale également ce conte, et l'attribue à Dorat. Il dit qu'il a été tiré à 300 exemplaires, c'est évidemment une erreur, car cette petite plaquette n'a été tout au plus tirée qu'à 30; elle est très-rare aujourd'hui et ne se trouve que dans quelques bibliothèques d'amateurs.[13]