De petites affaires éloignaient sans cesse notre grande tournée, et retardaient ce qui faisait l'objet de mon voyage. Obligé de rapprocher mes observations autour de moi, je remarquai combien, dans la variété des figures, il était facile de distinguer les races des individus qui composaient la population de Rosette; je pensai que cette ville, entrepôt de commerce, devait naturellement rassembler toutes les nations qui couvrent le sol de l'Égypte, et devait les y conserver plus séparées et plus caractérisées que dans une grande ville, comme le Caire, où le relâchement des moeurs les croise et les dénature. Je crus donc reconnaître évidemment dans les Coptes l'antique souche égyptienne, espèce de Nubiens basanés, tels qu'on en voit les formes dans les anciennes sculptures: des fronts plats, surmontés de cheveux demi laineux; les yeux peu ouverts, et relevés aux angles; des joues élevées, des nez plus courts qu'épatés, la bouche grande et plate, éloignée du nez et bordée de larges lèvres; une barbe rare et pauvre; peu de grâce dans le corps; les jambes arquées et sans mouvement dans le contour, et les doigts des pieds allongés et plats. Je dessinai la tête de plusieurs individus de cette race: le premier était un prêtre ignorant et ivrogne; le second, un calculateur adroit, fin et délié: ce sont les qualités morales qui caractérisent ces anciens maîtres de l'Égypte. On peut assigner la première époque de leur dégradation à la conquête de Cambyse, qui, vainqueur jaloux et furieux, régna par la terreur, changea les lois, persécuta le culte, mutila ce qu'il ne put détruire, et, voulant asservir, avilit sa conquête: la seconde époque fut la persécution de Dioclétien, lorsque l'Égypte fut devenue catholique; cette persécution, que les Égyptiens reçurent en martyrs fidèles, les prépara tout naturellement à l'asservissement des Mahométans. Sous le dernier gouvernement, ils s'étaient rendus les courtiers et les gens d'affaires des beys et des kiachefs; ils volaient tous les jours leurs maîtres: mais ce n'était là qu'une espèce de ferme, parce qu'une avanie leur faisait rendre en gros ce qu'ils avaient amassé en détail; aussi employaient-ils encore plus d'art à cacher ce qu'ils avaient acquis qu'ils n'avaient mis d'impudeur à l'acquérir.
Après les Coptes viennent les Arabes, les plus nombreux habitants de l'Égypte moderne. Sans y avoir plus d'influence, ils semblent être là pour peupler le pays, en cultiver les terres, en garder les troupeaux, ou en être eux-mêmes les animaux; ils sont cependant vifs et pleins de physionomie; leurs yeux, enfoncés et couverts, sont étincelants de mouvement et de caractère; toutes leurs formes sont anguleuses; leur barbe courte et à mèches pointues; leurs lèvres minces, ouvertes, et découvrant de belles dents; les bras musclés; tout le reste plus agile que beau, et plus nerveux que bien conformé. C'est dans la campagne, et surtout chez les Arabes du désert que se distinguent les traits caractéristiques que je viens d'énoncer: il faut cependant en distinguer trois classes bien différentes; l'Arabe pasteur, qui semble être la souche originelle, et qui ressemble au portrait que je viens de faire, et les deux autres qui en dérivent; l'Arabe Bédouin, auquel une indépendance plus exaltée et l'état de guerre dans lequel il vit donnent un caractère de fierté sauvage, et l'Arabe cultivateur, le plus civilisé, le plus corrompu, le plus asservi, le plus avili par conséquent, le plus varié de forme et de caractère, comme on peut le remarquer dans les têtes de cheikhs ou chefs de village, les fellahs ou paysans, les boufackirs ou mendiants, enfin dans les manoeuvres, qui forment la classe la plus abjecte.
Les Turcs ont des beautés plus graves avec des formes plus molles; leurs paupières épaisses laissent peu d'expression à leurs yeux; le nez gras, de belles bouches bien bordées, et de longues barbes touffues, un teint moins basané, un cou nourri, toute l'habitude du corps grave et lourde, en tout une pesanteur, qu'ils croient être noblesse, et qui leur conserve un air de protection, malgré la nullité de leur autorité: à parler en artiste, on ne peut faire de leur beauté que la beauté d'un Turc. Il n'en est pas de même des Grecs, qu'il faut déjà classer au nombre des étrangers formant des espèces de collèges séparés des indigènes; leurs belles projections, leurs yeux pleins de finesse et d'esprit, la délicatesse et la souplesse de leurs traits et de leur caractère, rappellent tout ce que notre imagination se figure de leurs ancêtres, et tout ce que leurs monuments nous ont transmis de leur élégance et de leur goût. L'avilissement où on les a réduits, par la peur qu'inspire encore la supériorité de leur esprit a fait d'un grand nombre d'eux d'astucieux fripons; mais rendus à eux-mêmes, ils arriveraient peut-être bientôt jusqu'à n'être plus, comme autrefois, que d'adroits ambitieux. C'est la nation qui désire le plus vivement une révolution de quelque part qu'elle vienne. Dans une cérémonie (c'était la première prise de possession de Rosette) un jeune Grec s'approcha de moi, me baisa l'épaule, et, le doigt sur ses lèvres, sans oser proférer une parole, me glissa mystérieusement un bouquet qu'il m'avait apporté: cette seule démonstration était un développement tout entier de ses sensations, de sa position politique, de ses craintes, et de ses espérances. Ensuite viennent les Juifs, qui sont en Égypte ce qu'ils sont partout; haïs, sans être craints; méprisés et sans cesse repoussés, jamais chassés; volant toujours, sans devenir très riches, et servant tout le monde en ne s'occupant que de leur propre intérêt. Je ne sais si c'est parce qu'ils sont plus près de leur pays que leur caractère physique est plus conservé en Égypte, mais il m'a paru frappant: ceux qui sont laids ressemblent aux nôtres; les beaux, surtout les jeunes, rappellent le caractère de tête que la peinture a conservé à Jésus-Christ; ce qui prouverait qu'il est de tradition, et n'a pas pour époque le quatorzième siècle et le renouvellement des arts. Les Juifs disputent aux Coptes, dans les grandes villes d'Égypte, les places dans les douanes, les intendances des riches, enfin tout ce qui tient aux calculs et aux moyens d'amasser et de cacher une fortune bien ou mal acquise.
Une autre race d'hommes, nombreuse en individus, a des traits caractéristiques très prononcés; ce sont les Barabras ou gens d'en haut, qui sont des habitants de la Nubie, et des frontières de l'Abyssinie. Dans ces climats brûlants, la nature avare leur a refusé tout superflu; ils n'ont ni graisse ni chair, mais seulement des nerfs, des muscles, et des tendons, plus élastiques que forts; ils font par activité et par lesteté ce que les autres font par puissance: il semble que l'aridité de leur sol ait pompé la portion de substance que la nature leur devait; leur peau luisante est d'un noir transparent et ardent, semblable absolument à la patine des bronzes de l'autre siècle; ils ne ressemblent point du tout aux nègres de l'ouest de l'Afrique; leurs yeux sont profonds et étincelants, sous un sourcil surbaissé; leurs narines larges, avec le nez pointu, la bouche évasée sans que les lèvres soient grosses, les cheveux et la barbe rares et par petits flocons: ridés de bonne heure, et restant toujours agiles, l'âge ne se prononce chez eux qu'à la blancheur de la barbe; tout le reste du corps est grêle et nerveux: leur physionomie est gaie; ils sont vifs et bons: on les emploie le plus ordinairement à garder les magasins, et les chantiers de bois: ils se vêtissent d'une pièce de laine blanche, gagnent peu, se nourrissent de presque rien, et restent attachés et fidèles à leurs maîtres.
Le pèlerinage de la Mecque fait traverser l'Égypte à toutes les nations de l'Afrique qui sont désignées sous le nom de Maugrabins, ou gens de l'ouest. C'était le moment du retour de la caravane: Bonaparte, qui avait fait tous ses efforts pour la faire arriver complète au Caire, n'avait pu empêcher Ibrâhim-bey, qui se sauvait en Syrie, d'arriver avant lui dans le désert, et d'attaquer la caravane à Belbeis, d'en partager les trésors avec les Arabes et l'émir Adgis, qui devaient la protéger; Ibrâhim-bey ne laissa passer jusqu'à nous que les dévots mendiants, qui nous arrivèrent par pelotons de deux à trois cents, composés de toutes les nations d'Afrique, depuis Fez jusqu'à Tripoli: ils étaient dans un tel état de fatigue qu'ils se ressemblaient tous: aussi maigres que les pays qu'ils venaient de traverser sont arides, ils étaient aussi exténués que des prisonniers qu'on aurait oubliés dans les fers. C'est l'impulsion, c'est le ressort de l'opinion qui rend sans doute l'homme le plus fort de tous les animaux: quand on pense à l'espace que viennent de parcourir ces pèlerins, à tout ce qu'ils ont eu à souffrir dans cette immense et terrible traversée, on reste convaincu qu'un but moral peut seul faire affronter tant de fatigues si douloureuses, que l'enthousiasme d'un sentiment pieux, que la considération attachée au titre d'adgis ou pèlerins, que portent avec orgueil ceux qui font le voyage de la Mecque, sont les leviers qui peuvent seuls mouvoir l'indolence orientale, et la porter, à une telle entreprise; il faut y ajouter cependant le droit que s'arrogent les adgis de conter et faire croire le reste de leur vie aux autres musulmans tout ce qu'ils ont pu voir, et tout ce qu'ils n'ont pas vu. Ne pourrais-je pas être accusé d'un peu d'adgisme, dans le voyage que j'entreprends, et de braver des difficultés pour faire partager mon enthousiasme? mais ma propre curiosité rassure ma conscience; j'ai pour moi auprès des autres le peu de séduction de mon style, et la naïveté de mes dessins: et si tout cela ne suffit pas pour me cautionner, on pourra quelque jour, ajouter ma figure desséchée à celles des deux adgis que j'ai dessinés.
On nous avait aussi envoyé quatorze Mamelouks prisonniers, dont sans doute le quartier général ne savait que faire: je fus curieux de les observer, sans réfléchir que ce n'est point une nation, mais un ramassis de gens de tous les pays; aussi, dans le petit nombre de ceux qui nous arrivaient, je n'en trouvai pas un qui eût une physionomie assez caractérisée pour mériter d'être dessiné; il y avait cependant des Mingréliens et des Géorgiens; mais soit que la nature les eût déshérités de ce qu'elle a départi de beauté à leur contrée, soit que les femmes en soient dotées plus avantageusement, j'attendis que d'autres individus m'en offrissent des traits plus caractéristiques. J'ajournai aussi le plaisir de dessiner des Égyptiennes au moment où notre influence sur les moeurs de l'orient pourrait lever le voile dont elles se couvrent: mais quand même, ce qui n'est pas à présumer, les hommes, nous sacrifieraient leurs préjugés sur cet article, la coquetterie des vieilles, plus scrupuleuses sur tout ce qui tient à l'honneur, exigerait encore longtemps de leurs jeunes compagnes l'austérité dont elles furent victimes dans leur bel âge. Ce que j'ai pu remarquer, c'est que les filles qui ne sont point nubiles, et pour lesquelles la rigueur n'existe pas encore, retracent assez en général les formes des statues égyptiennes de la déesse Isis: les femmes du peuple, qui ont plus soin de se cacher le nez et la bouche que toutes les autres parties du corps, découvrent à tout moment, non des attraits, mais quelques beaux membres dispos, conservant un aplomb plus leste que voluptueux: dès que leurs gorges cessent de croître elles commencent à tomber, et la gravitation est telle qu'il serait difficile de persuader jusqu'où quelques unes peuvent arriver: leur couleur, ni noire ni blanche, est basanée et terne: elles se tatouent les paupières et le menton sans que cela produise un grand effet: mais je n'ai pas encore vu de femmes porter plus élégamment un enfant, un vase, des fruits, et marcher d'une manière plus leste et plus assurée. Leur draperie longue ne serait pas sans noblesse, si un voile en forme de flamme de navire, qui part des yeux et pend jusqu'à terre, n'attristait tout l'ensemble du costume jusqu'à le faire ressembler au lugubre habit de pénitent.
Un homme riche du pays qui m'avait quelques obligations voulut m'en témoigner sa reconnaissance en m'invitant chez lui: vu mon âge et ma qualité d'étranger, il crut qu'il pouvait, pour me fêter mieux, me faire déjeuner avec son épouse. Elle était mélancolique et belle: le mari, négociant, savait un peu d'italien, et nous servait d'interprète: sa femme, éblouissante de blancheur, avait des mains d'une beauté et d'une délicatesse extraordinaires; je les admirai, elle me les présenta: nous n'avions pas grand-chose à nous dire; je caressais ses mains; elle, très embarrassée de ce qu'elle ferait ensuite pour moi, me les laissait, et moi, je n'osais les lui rendre dans la crainte qu'elle crût que je m'en étais lassé: je ne sais comment cette scène eût fini, si, pour nous tirer d'embarras, on ne nous eût apporté les rafraîchissements; on les lui remettait, et elle me les offrait d'une manière toute particulière et qui avait une sorte de grâce. Je crus apercevoir que son insouciante mélancolie n'était qu'un air de grande dame qui, selon elle, devait la rendre supérieure à toutes les magnificences dont elle était entourée et couverte. Avant de la quitter, j'en fis rapidement un petit dessin. Je dessinai aussi une autre femme; celle-ci était une naturelle du pays qu'avait épousée un Franc: elle parlait italien, elle était douce et belle, elle aimait son mari; mais il n'était pas assez aimable pour qu'elle ne pût aimer que lui: jaloux, il lui suscitait à tout moment de bruyantes querelles; soumise, elle renonçait toujours à celui qui avait été l'objet de sa jalousie: mais le lendemain nouveau grief; elle pleurait encore, se repentait et cependant son mari avait toujours quelque motif de gronder. Elle demeurait vis-à-vis de mes fenêtres; la rue était étroite, et par cela même j'étais tout naturellement devenu le confident et le témoin de ses chagrins. La peste se déclara dans la ville: ma voisine était si communicative qu'elle devait la prendre et la donner; effectivement elle la prit de son dernier amant, la donna fidèlement à son mari, et ils moururent tous trois. Je la regrettai; sa singulière bonté, la naïveté de ses désordres, la sincérité de ses regrets, m'avaient intéressé, d'autant que, simple confident, je n'avais à la quereller ni comme mari ni comme amant, et qu'heureusement je n'étais point à Rosette lorsque la peste désola ce pays.
Tournée dans le Delta.--Almés.
Nous partîmes enfin pour le Delta, pour cette tournée si longtemps attendue, où nous allions fouler un terrain neuf pour tout Européen et même pour tous autres que les habitants: car les Mamelouks allaient rarement jusqu'au centre du Delta se faire payer le miri, ou organiser les avanies. Nous partîmes le 11 Septembre après midi; nous traversâmes le Nil en bateau, le général Menou, le général Marmont, une douzaine de savants ou artistes, et un détachement de deux cents hommes d'escorte. On avait cru tout prévoir, et ce que l'on avait oublié était l'essentiel. Les chevaux que nous devions monter n'avaient de la race Arabe que les vices; les voyageurs qui n'étaient point écuyers, et qui n'avaient que l'alternative d'un cheval, sans bride ou d'un âne sans bât, hésitaient s'ils se mettraient en route, ou renonceraient à un voyage qu'ils avaient désiré si ardemment et commencé avec tant d'enthousiasme: cependant peu à peu tout s'arrangea, et nous nous mîmes en marche. Nous traversâmes les villages de Madie, Elyeusera, Abougueridi, Melahoué, Abousrat, Ralaici, Bereda, Ekbet, Estaone, Elbat, Elsezri, Souffrano, Elnegars, Madie-di-Berimbal; et nous arrivâmes à Berimbal à la nuit fermée. Je place ici la nomenclature, peu intéressante de tous ces villages, pour donner une idée de la population de quatre lieues de pays, et de l'abondance d'un sol qui nourrit tant d'habitants et porte tant d'habitations, sans compter ce qu'il fournit au possesseur titulaire, qui pour le plus souvent fait sa résidence dans la capitale. À Madie-di-Berimbal nos chameaux tombèrent dans le canal; nous ne fûmes rassemblés qu'à minuit: on ne nous attendait plus; nos hardes et nos provisions étaient toutes mouillées: après un souper difficile à obtenir, nous nous couchâmes comme nous pûmes vers les deux heures du matin. Le lendemain, après nous être séchés, nous nous rendîmes à Métubis en deux heures de marche, rencontrant autant de villages que la veille.
Le général avait un travail à faire avec les cheikhs des environs, un éclaircissement à prendre, et une explication à avoir sur des fautes passées: il fut résolu que nous ne nous mettrions en route que le lendemain; Métubis offrait d'ailleurs sous quelques rapports un aliment à la curiosité: il est possible d'abord qu'elle ait été bâtie sur les ruines de l'antique Métélis; et, d'un autre côté, par la licence connue et permise de ses moeurs, elle a succédé à Canope, et à la même réputation. Nos recherches furent vaines quant aux antiquités; tout ce que nous y trouvâmes de granit était employé à moudre le grain, et paraissait y avoir été apporté d'autre part pour être consacré à cet usage: on nous parlait de ruines au Sud-Est, à une lieue et demie; il était tard, notre intérêt se reporta sur l'autre curiosité; nous demandâmes en conséquence aux cheikhs de nous faire amener des almés, qui sont des espèces de bayadères semblables à celles des Indes: le gouvernement du pays, des revenus duquel elles faisaient peut-être partie, mettait quelque difficulté à leur permettre de venir; souillées par les regards des infidèles, elles pouvaient diminuer de réputation, perdre même leur état: ceci peut donner la mesure de l'objection d'un Franc dans l'esprit d'un Musulman, puisque ce qu'il y a de plus dissolu chez eux peut encore être profané par nos regards; mais quelques vieux torts à réparer, la présence d'un général, et surtout de deux cents soldats, levèrent les obstacles; elles arrivèrent, et ne nous laissèrent point apercevoir qu'elles eussent partagé les considérations politiques et les scrupules religieux des cheikhs. Elles nous disputèrent cependant avec assez de grâce ce que nous aurions pu croire devoir être les moindres faveurs, celles de découvrir leurs yeux et leur bouche, car le reste fut livré comme par distraction; et bientôt, on ne pensa plus avoir quelque chose à nous cacher, tout cela cependant à travers des gazes colorées et des ceintures mal attachées, qu'on raccommodait négligemment avec une folie qui n'était pas sans agrément, et qui me parut un peu française. Elles avaient amené deux instruments, une musette, et un tambour, fait avec un pot de terre, que l'on battait avec les mains: elles étaient sept; deux se mirent à danser, les autres chantaient avec accompagnement de castagnettes, en forme de petites cymbales de la grandeur d'un écu de six livres: le mouvement par lequel elles les choquaient l'une contre l'autre donnait infiniment de grâce à leurs doigts et à leurs poignets. Leur danse fut d'abord voluptueuse; mais bientôt elle devint lascive, ce ne fut plus que l'expression grossière et indécente de l'emportement des sens; et, ce qui ajoutait au dégoût de ces tableaux, c'est que dans les moments où elles conservaient le moins de retenue, un des deux musiciens dont j'ai parlé venait, avec l'air bête du Gilles de nos parades, troubler d'un gros rire la scène d'ivresse qui allait terminer la danse.