Pourtant, le journal manuscrit de Ballantyne (sur lequel est fondé le passage de Lockhart que nous venons de citer) dit une chose exacte: la traduction de la Triste ballade par Scott existe, toujours en manuscrit, semble-t-il.

En 1871, on pouvait la voir à l'Exposition d'Édimbourg, à l'occasion du centenaire de la naissance du célèbre écrivain. En effet, le catalogue des objets prêtés[973] porte sous le n° 368:

ORIGINAL MANUSCRIPT.—«The Lamentation of the Faithful Wife of Asan
Aga, from the Morlachian language.» In twenty-seven stanzas[974]
beginning:

What yonder glimmers so white on the mountain,
Glimmers so white where yon sycamores grow?
It is wild swans around Vaga's fair fountain?
Or it is a wreath of the wintry snow?

This spirited translation from the German ballad by Goethe has
probably never been printed. The handwriting is about 1798, and the
translation was well known to some of Sir Walter's early
friends.—Lent by Messrs. A. & Ch. Black.

Nous nous sommes adressé à MM. A. & Ch. Black, éditeurs à Londres, et leur avons demandé ce qu'ils avaient prêté lors de l'Exposition de 1871. Ils nous ont répondu que l'indication du catalogue est sans doute fautive, et qu'ils ne possèdent pas le manuscrit en question.

Nous ignorons où il se trouve actuellement. Conservé jusqu'à 1871, il n'a vraisemblablement pas été perdu après cette date; peut-être un jour sera-t-il publié.

Pourtant, les quatre premiers vers que nous connaissons suffisent à démontrer qu'en 1798, le futur inventeur de la «couleur locale» était encore loin de songer aux principes qui le rendront plus tard célèbre. À en juger d'après le début, le style de cette Lamentation manque de «couleur»; il est semi-classique, semi-ossianique («wreath», «wild swans», «Vaga's fair fountain»); il est évident que la pièce n'apporterait pas beaucoup à la gloire de Scott. Mais, si on comprend facilement que son auteur l'ait gardée en manuscrit, on se demande pourquoi le possesseur actuel de l'autographe croit devoir le tenir caché. Il faut ajouter que ce n'est pas la famille du poète qui en interdit la publication.

Walter Scott ne fut pas le seul grand poète anglais qui connut l'existence de ce poème «morlaque». Byron, qui voyagea tant en Orient[975], paraît aussi n'avoir pas ignoré la Triste ballade; c'est à elle qu'il pensa quand il fit allusion aux «chansons bosniaques» dans la Fiancée d'Abydos[976].

BIBLIOGRAPHIE