En avril 1737, Voltaire écrit à Frédéric:

«Je vous regarde comme un présent que le ciel a fait à la terre. J'admire qu'à votre âge le goût des plaisirs ne vous ait point emporté, et je vous félicite infiniment que la philosophie vous laisse le goût des plaisirs... Nous sommes nés avec un cœur qu'il faut remplir, avec des passions qu'il faut satisfaire sans en être maîtrisés.»

Le 19 avril 1738, je trouve dans une lettre de Frédéric:

«Pour l'amour de l'humanité ne m'alarmez plus par vos fréquentes indispositions, et ne vous imaginez pas que ces alarmes soient métaphoriques... Faites dresser, je vous prie, le statum morbi de vos incommodités, afin de voir si peut-être quelque habile médecin ne pourrait vous soulager.» Le 17 juin de la même année, il insiste de nouveau: «Je ne saurais me persuader que vous ayez la moindre amitié pour moi si vous ne voulez vous ménager. En vérité, Mme la marquise devrait y avoir l'œil. Si j'étais à sa place, je vous donnerais des occupations si agréables qu'elles vous feraient oublier toutes vos expériences de laboratoire.» La lettre du prince royal du 24 juillet commence ainsi: «Mon cher ami, me voilà rapproché de plus de soixante lieues de Cirey. Vous ne sauriez concevoir ce que me fait souffrir votre voisinage: ce sont des impatiences, ce sont des inquiétudes, ce sont enfin toutes les tyrannies de l'absence.» Du 6 août même année: «Je viens de recevoir votre belle épître sur l'homme; ces pensées sont aussi dignes de vous que la conquête de l'univers l'était d'Alexandre. Vous recherchez modestement la vérité et vous la publiez avec hardiesse. Non, il ne peut y avoir qu'un Dieu et qu'un Voltaire dans la nature.»

Le 16 février 1739, Voltaire disait au prince, au milieu de l'amertume que lui causaient les persécutions:

«Je suis en France, parce que Mme du Châtelet y est; sans elle il y a longtemps qu'une retraite plus profonde me déroberait à la persécution et à l'envie... Tous les huit jours je suis dans la crainte de perdre la liberté ou la vie.»

Frédéric lui répond, le 15 avril:

«Je voudrais pouvoir soulager l'amertume de votre condition, et je vous assure que je pense aux moyens de vous servir efficacement.

Consolez-vous toujours de votre mieux, mon cher ami, et pensez que pour établir une égalité de conditions parmi les hommes, il vous fallait des revers capables de balancer les avantages de votre génie, de vos talents et de l'amitié de la marquise.»

Pendant la maladie du roi son père, Frédéric termine ainsi une lettre du 23 mars 1740: