Un Gouvernement sage pouvait donc encore maintenir l'Empire dans sa puissance. Il était resserré, mais non démembré, changeant d'Empereurs, mais toujours uni sous celui qui se revêtait de la pourpre. Enfin plus riche, plus plein de ressources, plus puissant que celui d'Allemagne. Cependant il n'est plus, et l'Empire d'Allemagne subsiste encore.

DE L'ITALIE, DES PAPES, ET DES AUTRES AFFAIRES DE L'ÉGLISE
AUX VIIIe et IXe SIÈCLES.

On a vu avec quelle prudence les Papes se conduisirent sous Pépin et sous
Charlemagne, comme ils assoupirent habilement les querelles de Religion,
et comme chacun d'eux établit sourdement les fondements de la grandeur
Pontificale.

Leur pouvoir était déjà trop grand, puisque Grégoire IV rebâtit le Port d'Ostie et que Léon IV fortifia Rome à ses dépens. Mais tous les Papes ne pouvaient être de grands-hommes, et toutes les conjonctures ne pouvaient leur être favorables. Chaque vacance de siège causait presque autant de troubles que l'élection d'un Roi en Pologne. Le Pape élu avait à ménager à la fois le Sénat Romain, le Peuple et l'Empereur. La Noblesse Romaine avait grande part au Gouvernement, elle élisait alors deux Consuls tous les ans. Elle créait un Préfet, qui était une espèce de Tribun du Peuple. Il y avait un Tribunal de douze Sénateurs, et c'était ces Sénateurs qui nommaient les principaux Officiers du Duché de Rome. Ce Gouvernement municipal avait tantôt plus, tantôt moins d'autorité. Les Papes avaient à Rome plutôt un grand crédit qu'une puissance législative.

S'ils n'étaient pas Souverains de Rome, ils ne perdaient aucune occasion d'agir en Souverains de l'Église d'Occident.

Nicolas I écrivait ainsi à Hincmar, Archevêque de Reims en 863: «Nous avons appris par le rapport de plusieurs personnes fidèles, que vous avez déposé notre cher frère Rothade absent; c'est pourquoi nous vous mandons de venir incessamment à Rome avec ses accusateurs et le Prêtre qui a été le sujet de sa déposition. Si dans un mois après la réception de cette Lettre vous ne rétablissez pas Rothade, je vous défends de célébrer la Messe, etc.»

On résistait toujours à ces entreprises des Papes, mais pour peu que de tant d'Évêques un seul vînt à fléchir, sa soumission était regardée à Rome comme un devoir: il fallait donc nécessairement que l'Église de Rome, supérieure d'ailleurs aux autres, fût presque leur Souveraine à force de vouloir l'être.

Gontier Archevêque de Cologne, déposé par le même Nicolas I pour avoir été d'un avis contraire au Pape dans un Concile tenu à Metz en 864, écrivit à toutes les Églises, «Quoique le Seigneur Nicolas qu'on nomme Pape, et qui se compte Pape et Empereur, nous ait excommuniés, nous avons résisté à sa folie». Ensuite dans son écrit s'adressant au Pape même, «Nous ne recevons point, dit-il, votre maudite sentence, nous la méprisons, nous vous rejetons vous-même de notre Communion, nous contentant de celle des Évêques nos frères que vous méprisez», etc.

Un frère de l'Archevêque de Cologne porta lui-même cette protestation à Rome, et la mit sur le tombeau de Saint Pierre, l'épée à la main. Mais bientôt après l'état politique des affaires ayant changé, ce même Archevêque changea aussi. Il vint au Mont Cassin se jeter aux genoux du Pape Adrien successeur de Nicolas. «Je déclare, dit-il, devant Dieu et devant ses Saints, à vous Monseigneur Adrien, Souverain Pontife, aux Évêques qui vous sont soumis, et à toute l'Assemblée, que je supporte humblement la sentence de déposition donnée canoniquement contre moi par le Pape Nicolas», etc. On sent combien un exemple de cette espèce affermissait les prétentions de l'Église Romaine, et les conjonctures rendaient ces exemples fréquents.

Le même Nicolas I excommunia la femme de Lothaire Roi de Lorraine, fils de l'Empereur Lothaire. Il n'était pas bien décidé si elle était épouse légitime; mais il était moins décidé encore, si le Métropolitain de Rome devait se mêler du lit d'un Souverain; ce n'était pas-là que se bornaient leurs prétentions.