En 876, Le Pape Jean VIII dans une sentence qu'il prononça contre Formose Évêque de Porto, qui fut depuis Pape, dit positivement qu'il a élu et ordonné Empereur son cher fils Charles le Chauve.

Je passe beaucoup d'entreprises de cette nature, qui rempliraient des volumes. Il suffit de voir quel était l'esprit de Rome.

La plus grande affaire que l'Église eut alors, et qui en est encore une très-importante aujourd'hui, fut l'origine de la séparation totale des Grecs et des Latins. La Chaire Patriarcale de Constantinople étant, ainsi que le Trône, l'objet de l'ambition, était sujette aux mêmes révolutions. L'Empereur mécontent du Patriarche Ignace, l'obligea à signer lui-même sa déposition, et mit à sa place Photius, Eunuque du Palais, homme d'une grande qualité, d'un vaste génie, et d'une science universelle. Il était Grand-Écuyer et Ministre d'État. Les Évêques pour l'ordonner Patriarche, le firent passer en six jours par tous les degrés. Le premier jour on le fit Moine, parce que les Moines étaient alors regardés comme faisant partie de la Hiérarchie. Le second jour il fut Lecteur, le troisième Sous-Diacre, puis Diacre, Prêtre, et enfin Patriarche le jour de Noël en 858.

Le Pape Nicolas prit le parti d'Ignace, et excommunia Photius. Il lui reprochait surtout d'avoir passé de l'État Laïc à celui d'Évêque avec tant de rapidité; mais Photius répondait avec raison, que Saint Ambroise, Gouverneur de Milan et à peine Chrétien, avait joint la dignité d'Évêque à celle de Gouverneur plus rapidement encore. Photius excommunia donc le Pape à son tour, et le déclara déposé. Il prit le titre de Patriarche Œcuménique, et accusa hautement d'hérésie les Évêques d'Occident de la communion du Pape. Le plus grand reproche qu'il leur faisait, roulait sur la procession du Père et du Fils. Les autres sujets d'anathème étaient que les Latins se servaient de pain non levé pour l'Eucharistie, mangeaient des œufs en Carême, et que leurs Prêtres se faisaient raser la barbe. Étranges raisons pour brouiller l'Occident avec l'Orient.

L'Empereur Basile, assassin de Michel son bienfaiteur et des protecteurs de Photius, déposa ce Patriarche dans le temps qu'il jouissait de sa victoire. Rome profita de cette conjoncture pour faire assembler, en 869, à Constantinople, le huitième Concile Œcuménique, composé de trois cents Évêques. Il est à remarquer que les Légats qui présidaient ne savaient pas un mot de Grec, et que parmi les autres Évêques très peu savaient le Latin. Photius y fut universellement condamné comme intrus, et soumis à la pénitence publique. On signa pour les cinq Patriarches avant de signer pour le Pape. Mais en tout cela les questions qui partageaient l'Orient et l'Occident, ne furent point agitées, on ne voulait que déposer Photius.

Quelques temps après, le vrai Patriarche, Ignace, étant mort, Photius eut l'adresse de se faire rétablir par l'Empereur Basile. Le Pape Jean VIII le reçut à sa communion, le reconnut, lui écrivit, et malgré ce huitième Concile Œcuménique, qui avait anathématisé ce Patriarche, le Pape envoya ses Légats à un autre Concile, en 879, à Constantinople, dans lequel Photius fut reconnu innocent par quatre cents Évêques, dont trois cents l'avaient auparavant condamné. Les Légats de ce même siège de Rome, qui l'avaient anathématisé, servirent eux-mêmes à casser le huitième Concile Œcuménique. On a beaucoup blâmé cette condescendance du Pape Jean VIII mais on n'a pas assez songé que ce Pontife avait alors besoin de l'Empereur Basile. Un Roi de Bulgarie, nommé Bogoris, gagné par l'habileté de sa femme qui était Chrétienne, s'était converti à l'exemple de Clovis et du Roi Egbert. Il s'agissait de savoir de quel Patriarcat cette nouvelle Province Chrétienne dépendrait. Constantinople et Rome se la disputaient. La décision dépendait de l'Empereur Basile. Voilà en partie le sujet des complaisances qu'eut l'Évêque de Rome pour celui de Constantinople.

Il ne faut pas oublier que dans ce Concile, ainsi que dans le précédent, il y eut des Cardinaux. On nommait ainsi des Prêtres et des Diacres qui servaient de Conseils aux Métropolitains. Il y en avait à Rome comme dans d'autres Églises. Ils étaient déjà distingués, mais ils signaient après les Évêques et les Abbés.

Le Pape donna par ses Lettres et par ses Légats le titre de Votre sainteté au Patriarche Photius. Les autres Patriarches sont aussi appelés Papes dans ce Concile. C'est un nom Grec, commun à tous les Prêtres, et qui peu à peu est devenu le terme distinctif du Métropolitain de Rome.

On eut encore l'adresse de ne point parler dans ce Concile des points qui divisaient les Églises d'Orient et d'Occident. Le Pape écrivit au Patriarche, qu'il était convenable de suspendre la grande querelle sur le qui ex Patre Filioque procedit; et que l'usage immémorial étant à Rome de chanter dans le Symbole qui ex Patre procedit, il fallait s'en tenir à cet usage, sans blâmer ceux qui ajoutaient ex Filio.

Il paraît que Jean VIII se conduisait avec prudence; car ses successeurs s'étant brouillés avec l'Empire Grec, et ayant alors adopté le huitième Concile Œcuménique de 869, et rejeté l'autre, qui absolvait Photius, la paix établie par Jean VIII fut alors rompue. Photius éclata contre l'Église Romaine, la traita d'hérétique au sujet de cet article du Filioque procedit, des œufs en Carême, de l'Eucharistie faite avec du pain sans levain, et de plusieurs autres usages. Mais le grand point de la division était la Primatie. Photius et ses successeurs voulaient être les premiers Évêques du Christianisme, et ne pouvaient souffrir que l'Évêque de Rome, d'une Ville qu'ils regardaient alors comme barbare, séparée de l'Empire par sa rébellion, et en proie à qui voudrait s'en emparer, disputât la préférence à l'Évêque de la Ville Impériale. Le temps a décidé la supériorité de Rome et l'humiliation de Constantinople.