Photius qui eut dans sa vie plus de revers que de gloire, fut déposé par des intrigues de Cour, et mourut malheureux, mais ses successeurs attachés à ses prétentions, les soutinrent avec vigueur.

Le Dogme ne troubla point encore l'Église d'Occident; à peine a-t-on conservé la mémoire d'une petite dispute excitée en 814 par un nommé Jean Godescale sur la Prédestination et sur la Grâce; et je ne ferai nulle mention d'une folie épidémique, qui saisit le peuple de Dijon en 844, à l'occasion d'une Sainte Bénigne qui donnait, disait-on, des convulsions à ceux qui priaient sur son tombeau; je ne parlerais pas, dis-je, de cette superstition populaire, si elle ne s'était renouvellée de nos jours avec fureur dans des circonstances toutes pareilles. Les mêmes folies semblent destinées à reparaître de temps en temps sur la scène du Monde: mais aussi le bon-sens est le même dans tous les temps, et on n'a rien dit de si sage sur les miracles modernes de Saint Médard de Paris, que ce que dit en 844 un Évêque de Lyon sur ceux de Dijon. «Voilà un étrange Saint, qui estropie ceux qui ont recours à lui: il me semble que les miracles devraient être faits pour guérir les maladies, et non pour en donner».

Ces minuties ne troublaient point la paix en Occident, et les querelles Théologiques n'étaient point ce à quoi Rome s'attachait; on travaillait à augmenter la puissance temporelle. Elles firent plus de bruit en Orient, parce que les Ecclésiastiques y étaient sans puissance temporelle. Il y a encore une autre cause de la paix en Occident, c'est la grande ignorance des Ecclésiastiques.

ÉTAT DE L'EMPIRE DE L'OCCIDENT, DE L'ITALIE, ET DE LA PAPAUTÉ
SUR LA FIN DU IXe SIÈCLE, DANS LE COURS DU Xe ET DANS LA MOITIÉ
DU XIe JUSQU'À HENRI III.

Après la déposition de Charles le Gros, l'Empire d'Occident ne subsista plus que de nom. Arnould, Arnolfe ou Arnold, bâtard de Carloman et d'une fille nommée Carantine, se rendit maître de l'Allemagne; mais l'Italie était partagée entre deux Seigneurs, tous deux du sang de Charlemagne par les femmes; l'un était un Duc de Spoléte, nommé Gui; l'autre Bérenger Duc de Frioul. Tous deux investis de ces Duchés par Charles le Chauve, tous prétendants à l'Empire aussi bien qu'au Royaume de France. Arnould en qualité d'Empereur, regardait aussi la France comme lui appartenant de droit, tandis que la France détachée de l'Empire était partagée entre Charles le Simple qui la perdait et le Roi Eudes grand-oncle de Hugues Capet, qui l'usurpait.

Un Bozon, Roi d'Arles, disputait encore l'Empire. Le Pape Formose, Évêque peu accrédité de la malheureuse Rome, ne pouvait que donner l'Onction Sacrée au plus fort. Il couronna en 892 ce Gui de Spoléte. L'année d'après il couronna Bérenger vainqueur, et deux autres années après il fut forcé de couronner cet Arnoud qui vint assiéger Rome et la prit d'assaut. Le serment équivoque, que reçut Arnoud des Romains, prouve que déjà les Papes prétendaient à la souveraineté de Rome. Tel était ce serment: «Je jure par les Saints Mystères que sauf mon honneur, ma loi et ma fidélité à Monseigneur Formose Pape, je serai fidèle à l'Empereur Arnoud».

Les Papes étaient alors en quelque sorte semblables aux Califes de Bagdad, qui révérés dans tous les États Musulmans comme les Chefs de la Religion, n'avaient plus guère d'autre droit que celui de donner les investitures des Royaumes à ceux qui les demandaient les armes à la main; mais il y avait entre ces Califes et ces Papes cette différence, que les Califes étaient tombés, et que les Papes s'étaient élevés.

Il n'y avait réellement plus d'Empire, ni de droit ni de fait. Les Romains qui s'étaient donnés à Charlemagne par acclamation, ne voulaient plus reconnaître des bâtards, des étrangers, à peine maîtres d'une partie de la Germanie.

Le Peuple Romain dans son abaissement, dans son mélange avec tant d'étrangers, conservait encore comme aujourd'hui cette fierté secrète que donne la grandeur passée. Il trouvait insupportable que des Bructères, des Cattes, des Marcomans, se disent les successeurs des Césars, et que les rives du Main et la forêt Hercynie fussent le centre de l'Empire de Titus et de Trajan.

On frémissait à Rome d'indignation, et on riait en même temps de pitié, lorsqu'on apprenait qu'après la mort d'Arnoud, son fils Hiludovic, que nous appelons Louis, avait été créé Empereur des Romains à l'âge de trois ou quatre ans dans un Village barbare, nommé Fourkem, par quelques Seigneurs et Évêques Germains. C'était en effet un étrange Empire Romain que ce Gouvernement qui n'avait alors ni les Pays entre le Rhin et la Meuse, ni la France, ni la Bourgogne, ni l'Espagne, ni rien enfin dans l'Italie, et pas même une Maison dans Rome qu'on pût dire appartenir à l'Empereur.