Quiconque était riche devint presqu'invulnérable à la guerre, et c'était alors qu'on se servit plus que jamais de massues pour assommer ces Chevaliers que les pointes ne pouvaient percer. Le plus grand commerce alors fut en cuirasses, en boucliers, en casques ornés de plumes.
Les Paysans qu'on traînait à la guerre, seuls exposés et méprisés, servaient de pionniers plutôt que de combattants. Les chevaux plus estimés qu'eux, furent bardés de fer, leur tête fut armée de champfrain.
On ne connut guère alors de lois que celles que les plus puissants firent pour le service des Fiefs. Tous les autres objets de la justice distributive furent abandonnés au caprice des Maîtres-d'hôtel, Prévôts, Baillis, nommés par les possesseurs des Terres.
Les Sénats de ces Villes qui sous Charlemagne et sous les Romains avaient joui du gouvernement municipal, furent abolis presque partout. Le mot de Senior, Seigneur, affecté longtemps à ces principaux du Sénat des Villes, ne fut plus donné qu'aux possesseurs des Fiefs.
Le terme de Pair commençait alors à s'introduire dans la Langue Gallo-Tudesque, qu'on parlait en France. Il venait du mot Latin par, qui signifie égal ou confrère. On ne s'en était servi que dans ce sens sous la première et la seconde Race des Rois de France. Les enfants de Louis le Débonnaire s'appellèrent pares dans une de leurs entrevues l'an 851; et longtemps auparavant Dagobert donne le nom de pairs à des Moines. Godegrand, Évêque de Metz du temps de Charlemagne, appelle Pairs des Évêques et des Abbés, ainsi que le marque le savant Du Cange.
Les Vassaux d'un même Seigneur s'accoutumèrent donc à s'appeler Pairs.
Alfred le Grand avait établi en Angleterre les Jurés, c'était des Pairs dans chaque profession. Un homme dans une cause criminelle choisissait douze hommes de sa profession pour être juges. Quelques Vassaux en France en usèrent ainsi, mais le nombre des Pairs n'était pas pour cela déterminé à douze. Il y en avait dans chaque Fief autant que de Barons qui relevaient du même Seigneur, et qui étaient Pairs entre eux, mais non Pairs de leur Seigneur féodal.
Les Princes qui rendaient un hommage immédiat à la Couronne, tels que les
Ducs de Guyenne, de Normandie, de Bourgogne, les Comtes de Flandres, de
Toulouse, étaient donc en effet des Pairs de France.
Hugues Capet n'était pas le moins puissant. Il possédait depuis longtemps le Duché de France, qui s'étendait jusqu'en Touraine. Il était Comte de Paris. De vastes domaines en Picardie et en Champagne lui donnaient encore une grande autorité dans ces Provinces. Son frère avait ce qui compose aujourd'hui le Duché de Bourgogne. Son grand-père Robert le Fort, et son grand-oncle Eudes ou Odon, avaient tous deux porté la couronne du temps de Charles le Simple. Hugues son père, surnommé l'Abbé à cause des Abbayes de St. Denis, de St. Martin de Tours, de St. Germain des Prez, et de tant d'autres qu'il possédait, avait ébranlé et gouverné la France. Ainsi l'on peut dire, que depuis l'année 810, où le Roi Eudes commença son règne, sa Maison a gouverné sans interruption; et que si on excepte Hugues l'Abbé qui ne voulut pas prendre la Couronne Royale, elle forme une suite de Souverains de plus de 850 ans, filiation unique parmi les Rois.
On sait comment Hugues Capet, Duc de France, Comte de Paris, enleva la couronne au Duc Charles oncle du dernier Roi Louis V. Si les suffrages eussent été libres, le sang de Charlemagne respecté, et le droit de succession aussi sacré qu'aujourd'hui, Charles aurait été Roi de France. Ce ne fut point un Parlement de la Nation qui le priva du droit de ses ancêtres; ce fut ce qui fait et défait les Rois, la force aidée de la prudence.