La grandeur espagnole ne fut plus, sous Philippe III, qu’un vaste corps sans substance, qui avait plus de réputation que de force.
Philippe IV, héritier de la faiblesse de son père, perdit le Portugal par sa négligence, le Roussillon par la faiblesse de ses armes, et la Catalogne par l’abus du despotisme. De tels rois ne pouvaient être long-temps heureux dans leurs guerres contre la France. S’ils obtenaient quelques avantages par les divisions et les fautes de leurs ennemis, ils en perdaient le fruit par leur incapacité. De plus, ils commandaient à des peuples que leurs priviléges mettaient en droit de mal servir; les Castillans avaient la prérogative de ne point combattre hors de leur patrie; les Aragonais disputaient sans cesse leur liberté contre le conseil royal; et les Catalans, qui regardaient leurs rois comme leurs ennemis, ne leur permettaient pas même de lever des milices dans leurs provinces.
L’Espagne cependant, réunie avec l’empire, mettait un poids redoutable dans la balance de l’Europe.
DU PORTUGAL.
Le Portugal redevenait alors un royaume. Jean, duc de Bragance, prince qui passait pour faible, avait arraché cette province à un roi plus faible que lui. Les Portugais cultivaient par nécessité le commerce, que l’Espagne négligeait par fierté; ils venaient de se liguer avec la France et la Hollande, en 1641, contre l’Espagne. Cette révolution du Portugal valut à la France plus que n’eussent fait les plus signalées victoires. Le ministère français, qui n’avait contribué en rien à cet événement, en retira sans peine le plus grand avantage qu’on puisse avoir contre son ennemi, celui de le voir attaqué par une puissance irréconciliable.
Le Portugal, secouant le joug de l’Espagne, étendant son commerce, et augmentant sa puissance, rappelle ici l’idée de la Hollande qui jouissait des mêmes avantages d’une manière bien différente.
DES PROVINCES-UNIES.
Ce petit état des sept Provinces-Unies, pays fertile en pâturages, mais stérile en grains, malsain, et presque submergé par la mer, était, depuis environ un demi-siècle, un exemple presque unique sur la terre de ce que peuvent l’amour de la liberté et le travail infatigable. Ces peuples pauvres, peu nombreux, bien moins aguerris que les moindres milices espagnoles, et qui n’étaient comptés encore pour rien dans l’Europe, résistèrent à toutes les forces de leur maître et de leur tyran, Philippe II, éludèrent les desseins de plusieurs princes, qui voulaient les secourir pour les asservir, et fondèrent une puissance que nous avons vue balancer le pouvoir de l’Espagne même. Le désespoir qu’inspire la tyrannie les avait d’abord armés: la liberté avait élevé leur courage, et les princes de la maison d’Orange en avaient fait d’excellents soldats. A peine vainqueurs de leurs maîtres, ils établirent une forme de gouvernement qui conserve, autant qu’il est possible, l’égalité, le droit le plus naturel des hommes.
Cet état, d’une espèce si nouvelle, était, depuis sa fondation, attaché intimement à la France: l’intérêt les réunissait; ils avaient les mêmes ennemis; Henri-le-Grand et Louis XIII avaient été ses alliés et ses protecteurs.