Dans cette édition de 1761-63 c’est au sixième volume que commence le Siècle de Louis XIV, volume qui est intitulé: Essai sur l’histoire générale, etc., tome sixième: ou suite, tome premier. Le Siècle de Louis XIV n’y a pas moins de soixante-deux chapitres. Le quarante-deuxième est consacré aux Artistes célèbres. Tous ceux qui le suivent sont relatifs à ce qui s’est passé après la mort de Louis XIV, et font, depuis 1768, partie du Précis du Siècle de Louis XV (voyez tome XXI). Le chapitre LXI, intitulé: D’un fait singulier concernant la littérature, et que les éditeurs divers ont placé les uns dans une division, les autres dans une autre, sera, dans la présente édition, au tome XLI (parmi les Mélanges, année 1763). C’est dans le même volume que je mettrai le chap. LXII de l’édition de 1763, sous son titre de: Conclusion et examen de ce tableau historique. C’est ce chapitre que les éditeurs de Kehl ont intitulé: Nouvelles remarques sur l’histoire à l’occasion de l’Essai sur les mœurs (et ont placé sous le nº XXIV des Fragments sur l’histoire); titre inexact, car ce morceau est antérieur aux Remarques publiées séparément en 1763, et qu’on peut voir aussi dans le tome XLI.

En 1768 parut le Siècle de Louis XIV, nouvelle édition, revue, corrigée, et augmentée, à laquelle on a ajouté un Précis du Siècle de Louis XV, quatre volumes in-8º. Le Précis du Siècle de Louis XV commence dans le troisième volume, et a trente-neuf chapitres (voyez ma Préface du tome XXI). C’est aussi en trente-neuf chapitres qu’est le Siècle de Louis XIV, qui est précédé de l’Avertissement que voici:

On a cru devoir commencer cette nouvelle édition du Siècle de Louis XIV par la liste de la maison royale et de tous les princes du sang de son temps. Elle est suivie de celle de tous les souverains contemporains, des maréchaux de France, des amiraux et généraux des galères, des ministres et secrétaires d’état, qui ont servi sous ce monarque. Après quoi vient le catalogue alphabétique des savants et artistes en tout genre. Cette instruction préliminaire est une espèce de dictionnaire dans lequel le lecteur peut choisir les sujets à son gré, pour se mettre au fait des grands événements arrivés sous ce règne.

Jusque-là, en effet, c’était à la fin du Siècle de Louis XIV, et quelquefois sous la forme de trois chapitres, qu’avaient été placés: 1º la Liste des enfants de Louis XIV, des souverains contemporains, etc.; 2º le Catalogue des écrivains; 3º les Artistes célèbres; objets qui, depuis 1768 (l’édition de madame de Genlis exceptée), ont été conservés en tête de l’ouvrage: voyez, dans le présent volume, pages 1, 47 et 223. C’était, ainsi que je l’ai dit, ce qui formait, en 1756 et 1757, les chap. CCXIII-CCXXV de l’Essai; et en 1763, les chap. XL-XLII du Siècle.

Dans l’édition in-4º des Œuvres de Voltaire, le Siècle de Louis XIV forme, avec le Précis du Siècle de Louis XV, les tomes XI et XII, datés de 1769. Le Siècle de Louis XIV se trouve dans les tomes XVIII et XIX de l’édition encadrée, ou de 1775: c’est la dernière édition authentique donnée du vivant de l’auteur.

Les éditions de Kehl contiennent quelques additions posthumes, parmi lesquelles il en est une qui me laisse quelques doutes de son authenticité. Dans la liste des maréchaux, à l’article Berwick (voyez page 20), on parle des Mémoires de Berwick, publiés par l’abbé Hook, en 1778. Ce sont les véritables mémoires du maréchal. Dans deux notes du chapitre XXI, Voltaire cite, pour les critiquer, ceux qui avaient été fabriqués par l’abbé Margon, et publiés en 1737. A-t-il vu la publication de l’édition de l’abbé Hook? Voltaire est mort dans la nuit du 30 au 31 mai 1778, après quelque temps de maladie. Le Catalogue hebdomadaire n’annonce les Mémoires que dans sa fouille du 13 juin. L’Année littéraire, en rendant compte des Mémoires, année 1778 (tome V, page 181 et suiv.), parle de Voltaire comme n’existant plus. Toutes les notes du Siècle de Louis XIV, où il est question des Mémoires publiés par Hook, sont des éditeurs de Kehl, qui, dans le chapitre XXI, à la suite d’une note de Voltaire, établissent que les Mémoires de Berwick, cités par Voltaire, ne sont pas ceux qu’a publiés l’abbé Hook.

De toutes les éditions qui ont paru depuis celles de Kehl, je ne parlerai que d’une qui fut publiée, il y a dix ans, sous ce titre: Siècle de Louis XIV, par Voltaire; nouvelle édition, avec des retranchements, des notes et une préface, par madame la comtesse de Genlis, 1820, trois volumes in-12. L’éditeur moderne annonce avoir ôté «tout ce qui souillait et déparait» cet ouvrage, qu’elle trouve «instructif et rempli de faits intéressants.» Ce qui choque surtout madame de Genlis, ce sont les «épigrammes sans nombre sur les prêtres; et la satire calomnieuse et continuelle de la religion et de la piété.» Aussi, en réduisant à trente-six les trente-neuf chapitres de Voltaire, a-t-elle supprimé le chapitre du Calvinisme, celui du Jansénisme, celui sur les Cérémonies chinoises; et çà et là beaucoup de morceaux. Les préliminaires ont été reportés à la fin du troisième volume.

Avant d’être mutilé par madame de Genlis, le Siècle de Louis XIV avait été condamné à Rome les 22 février et 16 mai 1753.

Dans le chapitre 1ᵉʳ de son livre (voyez pages 237-38), Voltaire parle des quatre siècles des lettres et des arts. A.-J. Roustan, à qui Voltaire adressa, en 1768, des Remontrances et des Instructions (voyez tome XLIV), en publiant, en 1764, un volume in-8º, intitulé: Offrande aux autels et à la patrie, y comprit un Examen historique des quatre beaux siècles de M. de Voltaire. Roustan pense que Voltaire loue beaucoup trop Louis XIV. C’est aussi l’opinion de feu Lémontey, dans son Essai sur l’établissement monarchique de Louis XIV, 1818, in-8º.

Peu après les premières impressions du Siècle de Louis XIV, avait paru le Siècle politique de Louis XIV, ou Lettres du vicomte de Bolingbroke sur ce sujet, avec les pièces qui forment l’histoire du siècle de M. F. de Voltaire, et de ses querelles avec MM. de Maupertuis et La Beaumelle, à Sieclopolie, 1753, in-8º. Ce volume, dont je parlerai aussi dans ma Préface du Supplément au Siècle de Louis XIV, a eu plusieurs éditions en 1754 et 1755. On en a fait le tome IV des éditions du Siècle en trois volumes, et le tome V des éditions en quatre. Sur le faux titre de l’édition de 1753, on lit: Nouveau volume du Siècle de Louis XIV, pour suppléer à ce qui manque à cet ouvrage de M. de Voltaire. L’éditeur de ce volume fut Maubert de Gouvest; il y donne un fragment d’une lettre et deux lettres entières de Bolingbroke (voyez ma note, tome XXXIX, page 574), et un Recueil de pièces concernant le Siècle de Louis XIV, et les querelles de son auteur avec MM. de Maupertuis et de La Beaumelle.