Amelot de La Houssaie (Nicolas), né à Orléans, en 1634. Ses traductions avec des notes politiques et ses histoires sont fort recherchées; ses Mémoires, par ordre alphabétique, sont très fautifs. Il est le premier qui ait fait connaître le gouvernement de Venise. Son histoire déplut au sénat, qui était encore dans l’ancien préjugé qu’il y a des mystères politiques qu’il ne faut pas révéler. On a appris depuis qu’il n’y a plus de mystères, et que la politique consiste à être riche et à entretenir de bonnes armées. Amelot traduisit et commenta le Prince de Machiavel, livre long-temps cher aux petits seigneurs qui se disputaient de petits états mal gouvernés, devenu inutile dans un temps où tant de grandes puissances, toujours armées, étouffent l’ambition des faibles. Amelot se croyait le plus grand politique de l’Europe; cependant il ne sut jamais se tirer de la médiocrité, et il mourut dans la misère: c’est qu’il était politique par son esprit, et non par son caractère. Mort en 1706.
Amelotte (Denys), né en Saintonge, en 1606, de l’Oratoire. Il est principalement connu par une assez bonne version du Nouveau Testament: mort en 1678.
Amontons (Guillaume), né à Paris, en 1663, excellent mécanicien: mort le 11 octobre en 1705.
Ancillon (David), né à Metz, en 1617, calviniste, et son fils Charles, mort à Berlin en 1715, ont eu quelque réputation dans la littérature.
Anselme[69], moine augustin, le premier qui ait fait une histoire généalogique des grands officiers de la couronne, continuée et augmentée par Dufourni, auditeur des comptes. On a une notion très vague de ce qui constitue les grands officiers. On s’imagine que ce sont ceux à qui leur charge donne le titre de grand, comme grand écuyer, grand échanson; mais le connétable, les maréchaux, le chancelier, sont grands officiers, et n’ont point ce titre de grand, et d’autres qui l’ont ne sont point réputés grands officiers. Les capitaines des gardes, les premiers gentilshommes de la chambre, sont devenus réellement de grands officiers, et ne sont pas comptés par le père Anselme. Rien n’est décidé sur cette matière, et il y a autant de confusion et d’incertitude sur tous les droits et sur tous les titres en France, qu’il y a d’ordre dans l’administration. Mort en 1694.
Arnauld (Antoine), vingtième fils de celui qui plaida contre les jésuites, docteur en Sorbonne, né en 1612. Rien n’est plus connu que son éloquence, son érudition, et ses disputes, qui le rendirent si célèbre et en même temps si malheureux, selon les idées ordinaires qui mettent le malheur dans l’exil et dans la pauvreté, sans considérer la gloire, les amis, et une vieillesse saine, qui furent le partage de cet homme fameux. Il est dit dans le supplément au Moréri qu’Arnauld, en 1689, pour avoir les bonnes graces de la cour, fit un libelle contre le roi Guillaume, intitulé: «Le vrai portrait de Guillaume-Henri de Nassau, nouvel Absalon, nouvel Hérode, nouveau Cromwell, nouveau Néron.» Ce style, qui ressemble à celui du père Garasse, n’est guère celui d’Arnauld. Il ne songea jamais à flatter la cour. Louis XIV eût fort mal reçu un livre si grossièrement intitulé; et ceux qui attribuent cet ouvrage et cette intention au fameux Arnauld[70] ne savent pas qu’on ne réussit point à la cour par des livres. Mort à Bruxelles, en 1694.
L’auteur du Dictionnaire historique, littéraire, critique, et janséniste[71], dit à l’article Arnauld qu’aussitôt que son livre sur la Fréquente Communion parut, l’enfer en frémit, et que le jésuite Nouet fit la première attaque. Il est difficile de savoir au juste quelle est l’opinion de l’enfer sur un livre nouveau; et, à l’égard des hommes, ils ont entièrement oublié le P. Nouet. Il est très vrai que la plupart des écrits polémiques d’Arnauld ne sont plus connus aujourd’hui. C’est le sort de presque toutes les disputes. Le Dictionnaire historique, littéraire, critique, et janséniste, s’emporte un peu contre cette vérité; il a raison: mais l’auteur devrait savoir que les injures prodiguées au sujet des querelles théologiques sont aujourd’hui aussi méprisées que ces querelles mêmes, et c’est beaucoup dire.
Arnauld-d’Andilli (Robert), frère aîné du précédent, né en 1588, l’un des plus grands écrivains de Port-Royal. Il présenta à Louis XIV, à l’âge de quatre-vingt-cinq ans, sa traduction de Josèphe, qui de tous ses ouvrages est le plus recherché. Il fut père de Simon Arnauld, marquis de Pomponne, ministre d’état; et ce ministre ne put empêcher ni les disputes ni les disgraces de son oncle le docteur de Sorbonne. Mort en 1674.
Auberi (Antoine), né en 1616. On a de lui les vies des cardinaux de Richelieu et de Mazarin, ouvrages médiocres, mais dans lesquels on peut s’instruire. Mort en 1695. C’est lui qui le premier fit connaître la fourberie de l’auteur du Testament politique du cardinal de Richelieu.
Aubignac (François d’), né en 1604. Il n’eut jamais de maître que lui-même. Attaché au cardinal de Richelieu, il était l’ennemi de Corneille. Sa Pratique du théâtre est peu lue; il prouva par sa tragédie de Zénobie que les connaissances ne donnent pas les talents. Mort en 1676.