mais surtout l’Épître sur la Mort, au marquis de La Fare:

Plus j’approche du terme, et moins je le redoute;
Sur des principes sûrs mon esprit affermi,
Content, persuadé, ne connaît plus le doute;
Je ne suis libertin, ni dévot à demi.
Exempt des préjugés, j’affronte l’imposture
Des vaines superstitions,
Et me ris des préventions
De ces faibles esprits dont la triste censure
Fait un crime à la créature
De l’usage des biens que lui fit son auteur.

Une autre épître au même fit encore plus de bruit: elle commence ainsi:

J’ai vu de près le Styx, j’ai vu les Euménides;
Déjà venaient frapper mes oreilles timides
Les affreux cris du chien de l’empire des morts;
Et les noires vapeurs, et les brûlants transports
Allaient de ma raison offusquer la lumière:
C’est lors que j’ai senti mon ame tout entière,
Se ramenant en soi, faire un dernier effort
Pour braver les erreurs que l’on joint à la mort.
Ma raison m’a montré, tant qu’elle a pu paraître,
Que rien n’est en effet de ce qui ne peut être;
Que ces fantômes vains sont enfants de la peur
Qu’une faible nourrice imprime en notre cœur,
Lorsque de loups-garoux, qu’elle-même elle pense,
De démons et d’enfers elle endort notre enfance.

Ces pièces ne sont pas châtiées; ce sont des statues de Michel-Ange ébauchées. Le stoïcisme de ces sentiments ne lui attira point de persécution; car, quoique abbé, il était ignoré des théologiens, et ne vivait qu’avec ses amis. Il n’aurait tenu qu’à lui de mettre la dernière main à ses ouvrages, mais il ne savait pas corriger. On a imprimé de lui trop de bagatelles insipides de société; c’est le mauvais goût et l’avarice des éditeurs qui en est cause. Les préfaces qui sont à la tête du recueil sont de ces gens obscurs qui croient être de bonne compagnie en imprimant toutes les fadaises d’un homme de bonne compagnie.

Cheminais, jésuite. On l’appelait le Racine des prédicateurs, et Bourdaloue le Corneille. Mort en 1689.

Cheron (Élisabeth-Sophie), née à Paris en 1648, célèbre par la musique, la peinture, et les vers, et plus connue sous son nom que sous celui de son mari, le sieur Le Hay: morte en 1711.

Chevreau (Urbain), né à Loudun en 1613, savant et bel esprit qui eut beaucoup de réputation: mort en 1701.

Chifflet (Jean-Jacques), né à Besançon en 1588. On a de lui plusieurs recherches: mort en 1660. Il y a eu sept écrivains de ce nom.

Choisi (François-Timoléon de), de l’Académie, né à Paris en 1644, envoyé à Siam. On a sa relation. Il n’était que tonsuré à son départ; mais à Siam il se fit ordonner prêtre en quatre jours. Il a composé plusieurs histoires, une Traduction de l’Imitation de Jésus-Christ, dédiée à madame de Maintenon, avec cette épigraphe, Concupiscet rex decorem tuum[124]; et des Mémoires de la comtesse des Barres. Cette comtesse des Barres, c’était lui-même. Il s’habilla et vécut en femme plusieurs années. Il acheta, sous le nom de la comtesse des Barres, une terre auprès de Tours. Ces Mémoires racontent avec naïveté comment il eut impunément des maîtresses sous ce déguisement. Mais quand le roi fut devenu dévot, il écrivit l’histoire de l’Église. Dans ses Mémoires[125] sur la cour on trouve des choses vraies, quelques unes fausses, et beaucoup de hasardées; ils sont écrits dans un style trop familier. Mort en 1724.