Descartes (René), né en Touraine, en 1596, fils d’un conseiller au parlement de Bretagne, le plus grand mathématicien de son temps, mais le philosophe qui connut moins la nature, si on le compare à ceux qui l’ont suivi. Il passa presque toute sa vie hors de France, pour philosopher en liberté, à l’exemple de Saumaise qui avait pris ce parti. On a remarqué qu’il avait un frère aîné, conseiller au parlement de Bretagne, qui le méprisait beaucoup, et qui disait qu’il était indigne du frère d’un conseiller de s’abaisser à être mathématicien. Ayant cherché le repos dans des solitudes en Hollande, il ne l’y trouva pas. Un nommé Voët, et un nommé Shockius, deux professeurs du galimatias scolastique qu’on enseignait encore, intentèrent contre lui cette ridicule accusation d’athéisme dont les écrivains méprisés ont toujours chargé les philosophes. En vain Descartes avait épuisé son génie à rassembler les preuves de la Divinité, et à en chercher de nouvelles; ses infâmes ennemis le comparèrent à Vanini dans un écrit public: ce n’est pas que Vanini eût été athée, le contraire est démontré[142]; mais il avait été brûlé comme tel, et on ne pouvait faire une comparaison plus odieuse. Descartes eut beaucoup de peine à obtenir une très légère satisfaction par sentence de l’Académie de Groningue. Ses Méditations, son Discours sur la méthode, sont encore estimés; toute sa physique est tombée, parcequ’elle n’est fondée ni sur la géométrie, ni sur l’expérience. Ses Recherches sur la dioptrique, où l’on trouve la loi fondamentale de cette science soupçonnée par Snellius, et des applications de cette loi, qui ne pouvaient être que l’ouvrage d’un très grand géomètre; ses travaux sur les lois du choc des corps, objet dont il a eu le premier l’idée de s’occuper, seront toujours, malgré les erreurs qui lui sont échappées, des monuments d’un génie extraordinaire; et le petit livre connu sous le nom de Géométrie de Descartes, lui assure la supériorité sur tous les mathématiciens de son temps. Il a eu long-temps une si prodigieuse réputation, que La Fontaine, ignorant à la vérité, mais écho de la voix publique, a dit de lui:
Descartes, ce mortel dont on eût fait un dieu
Dans les siècles passés, et qui tient le milieu
Entre l’homme et l’esprit, comme entre l’huître et l’homme
Le tient tel de nos gens, franche bête de somme.
L’abbé Genest, dans le siècle présent, s’est donné la malheureuse peine de mettre en vers français la physique de Descartes[143].
Ce n’est guère que depuis l’année 1730 qu’on a commencé à revenir en France de toutes les erreurs de cette philosophie chimérique, quand la géométrie et la physique expérimentale ont été plus cultivées. Le sort de Descartes en physique a été celui de Ronsard en poésie. Mort à Stockholm, en 1650.
Des Barreaux (Jacques de La Vallée, seigneur) est connu des gens de lettres et de goût par plusieurs petites pièces de vers agréables dans le goût de Sarasin et de Chapelle. Il était conseiller au parlement. On sait qu’ennuyé d’un procès dont il était rapporteur, il paya de son argent ce que le demandeur exigeait, jeta le procès au feu, et se démit de sa charge. Ses petites pièces de poésie sont encore entre les mains des curieux; elles sont toutes assez hardies. La voix publique lui attribua un sonnet aussi médiocre que fameux, qui finit par ces vers:
Tonne, frappe, il est temps, rends-moi guerre pour guerre:
J’adore en périssant la raison qui t’aigrit;
Mais dessus quel endroit tombera ton tonnerre,
Qui ne soit tout couvert du sang de Jésus-Christ?
Il est très faux que ce sonnet soit de Des Barreaux[144], il était très fâché qu’on le lui imputât. Il est de l’abbé de Lavau, qui était alors jeune et inconsidéré; j’en ai vu la preuve dans une lettre de Lavau à l’abbé Servien. Des Barreaux est mort en 1673.
Des Coutures (Le baron) traduisit en prose et commenta Lucrèce, vers le milieu du règne de Louis XIV. Il pensait comme ce philosophe sur la plupart des premiers principes des choses[145]; il croyait la matière éternelle, à l’exemple de tous les anciens. La religion chrétienne a seule combattu cette opinion.
Deshoulières (Antoinette du Ligier de La Garde). De toutes les dames françaises qui ont cultivé la poésie, c’est celle qui a le plus réussi, puisque c’est celle dont on a retenu le plus de vers. C’est dommage qu’elle soit l’auteur du mauvais sonnet contre l’admirable Phèdre de Racine. Ce sonnet ne fut bien reçu du public que parcequ’il était satirique. N’est-ce pas assez que les femmes soient jalouses en amour? faut-il encore qu’elles le soient en belles-lettres? Une femme satirique ressemble à Méduse et à Scylla, deux beautés changées en monstres. Morte en 1694.
Deslyons (Jean), né à Pontoise, en 1616, docteur de Sorbonne, homme singulier, auteur de plusieurs ouvrages polémiques. Il voulut prouver que les réjouissances à la fête des rois sont des profanations, et que le monde allait bientôt finir. Mort en 1700.