Maimbourg (Louis), jésuite, né en 1610. Il y a encore quelques unes de ses histoires qu’on ne lit pas sans plaisir. Il eut d’abord trop de vogue, et on l’a trop négligé ensuite. Ce qui est singulier, c’est qu’il fut obligé de quitter les jésuites, pour avoir écrit en faveur du clergé de France. Mort à Saint-Victor, en 1686.
Maintenon[219] (Françoise d’Aubigné Scarron, marquise de). Elle est auteur, comme madame de Sévigné, parcequ’on a imprimé ses Lettres[220] après sa mort. Les unes et les autres sont écrites avec beaucoup d’esprit, mais avec un esprit différent. Le cœur et l’imagination ont dicté celles de madame de Sévigné; elles ont plus de gaîté, plus de liberté: celles de madame de Maintenon sont plus contraintes; il semble qu’elle ait toujours prévu qu’elles seraient un jour publiques. Madame de Sévigné, en écrivant à sa fille, n’écrivait que pour sa fille. On trouve quelques anecdotes dans les unes et dans les autres. On voit par celles de madame de Maintenon, qu’elle avait épousé Louis XIV, qu’elle influait dans les affaires d’état, mais qu’elle ne les gouvernait pas; qu’elle ne pressa point la révocation de l’Édit de Nantes et ses suites, mais qu’elle ne s’y opposa point; qu’elle prit le parti des molinistes, parceque Louis XIV l’avait pris, et qu’ensuite elle s’attacha à ce parti; que Louis XIV, sur la fin de sa vie, portait des reliques; et beaucoup d’autres particularités. Mais les connaissances qu’on peut puiser dans ce recueil sont trop achetées par la quantité de lettres inutiles qu’il renferme; défaut commun à tous ces recueils. Si l’on n’imprimait que l’utile, il y aurait cent fois moins de livres. Morte à Saint-Cyr, en 1719.
[221]Un nommé La Beaumelle, qui a été précepteur à Genève, a fait imprimer des Mémoires de Maintenon remplis de faussetés[222].
Malebranche (Nicolas), né à Paris en 1638, de l’Oratoire, l’un des plus profonds méditatifs qui aient jamais écrit. Animé de cette imagination forte qui fait plus de disciples que la vérité, il en eut: de son temps il y avait des malebranchistes. Il a montré admirablement les erreurs des sens et de l’imagination; et quand il a voulu sonder la nature de l’ame, il s’est perdu dans cet abîme comme les autres. Il est, ainsi que Descartes, un grand homme, avec lequel on apprend bien peu de chose; et il n’était pas un grand géomètre comme Descartes. Mort en 1715.
Malezieu (Nicolas), né à Paris en 1650. Les Éléments de géométrie du duc de Bourgogne sont les leçons qu’il donna à ce prince. Il se fit une réputation par sa profonde littérature. Madame la duchesse du Maine fit sa fortune. Mort en 1727.
Malleville (Claude de), l’un des premiers académiciens. Le seul sonnet de la Belle matineuse en fit un homme célèbre. On ne parlerait pas aujourd’hui d’un tel ouvrage; mais le bon en tout genre était alors aussi rare qu’il est devenu commun depuis. Mort en 1647.
Marca (Pierre de), né en 1594. Étant veuf et ayant plusieurs enfants, il entra dans l’Église, et fut nommé à l’archevêché de Paris. Son livre de la Concorde de l’empire et du sacerdoce est estimé. Mort en 1662.
Marolles (Michel de), né en Touraine en 1600, fils du célèbre Claude de Marolles, capitaine des cent suisses, connu par son combat singulier, à la tête de l’armée de Henri IV, contre Marivault[223]. Michel, abbé de Villeloin, composa soixante-neuf ouvrages[224], dont plusieurs étaient des traductions très utiles dans leur temps. Mort en 1681.
Marsollier (Jacques), né à Paris en 1647, chanoine régulier de Sainte-Geneviève, connu par plusieurs histoires bien écrites. Mort en 1724.
Martignac (Étienne Algai de), né en 1628, le premier qui donna une traduction supportable en prose de Virgile, d’Horace, etc. Je doute qu’on les traduise jamais heureusement en vers. Ce ne serait pas assez d’avoir leur génie: la différence des langues est un obstacle presque invincible. Mort en 1698.