Sénecé (Antoine Bauderon de), né en 1643, premier valet de chambre de Marie-Thérèse; poëte d’une imagination singulière. Son conte du Kaïmac, à quelques endroits près, est un ouvrage distingué. C’est un exemple qui apprend qu’on peut très bien conter d’une autre manière que La Fontaine. On peut observer que cette pièce, la meilleure qu’il ait faite, est la seule qui ne se trouve pas dans son recueil. Il y a aussi dans ses Travaux d’Apollon des beautés singulières et neuves. Mort en 1737.
Sévigné (Marie de Rabutin-Chantal, marquise de), femme du marquis de Sévigné, née en 1626[316]. Ses lettres, remplies d’anecdotes, écrites avec liberté, et d’un style qui peint et anime tout, sont la meilleure critique des lettres étudiées où l’on cherche l’esprit, et encore plus de ces lettres supposées dans lesquelles on veut imiter le style épistolaire, en étalant de faux sentiments et de fausses aventures à des correspondants imaginaires[317]. C’est dommage qu’elle manque absolument de goût, qu’elle ne sache pas rendre justice à Racine, qu’elle égale l’Oraison funèbre de Turenne, prononcée par Mascaron, au grand chef-d’œuvre de Fléchier[318]. Morte en 1696.
Silva (Jean-Baptiste), né à Bordeaux, très célèbre médecin à Paris, a fait un livre estimé sur la saignée; il était fort au-dessus de son livre. C’était un de ces médecins que Molière n’eût pu ni osé rendre ridicules. Né en 1684. Mort vers l’an 1746[319].
Simon (Richard), né en 1638, de l’Oratoire; excellent critique. Son Histoire de l’origine et du progrès des revenus ecclésiastiques, son Histoire critique du vieux Testament, etc. sont lues de tous les savants. Mort à Dieppe, en 1712.
Sirmond (Jacques), jésuite, né vers l’an 1559. L’un des plus savants et des plus aimables hommes de son temps. On sait à peine qu’il fut confesseur de Louis XIII, parcequ’il fit à peine parler de lui dans ce poste délicat. Il fut préféré par le pape à tous les savants d’Italie pour faire la Préface de la collection des conciles. Ses nombreux ouvrages furent très estimés, et sont très peu lus. Mort en 1651.
Sirmond (Jean), neveu du précédent. Historiographe de France, avec le brevet de conseiller d’état, qui était d’ordinaire attaché à la charge d’historiographe. L’un de ses principaux ouvrages est la Vie du cardinal d’Amboise, qu’il ne composa que pour mettre ce ministre au-dessous du cardinal de Richelieu, son protecteur. Il fut un des premiers académiciens. Mort en 1649.
Sorbière (Samuel), né en Dauphiné, en 1615. L’un de ceux qui ont porté le titre d’historiographe de France. Ami du pape Clément IX, avant son exaltation; ne recevant que de faibles marques de la générosité de ce pontife, il lui écrivit: «Saint père, vous envoyez des manchettes à celui qui n’a point de chemise.» Il effleura beaucoup de genres de science. Mort en 1670.
Suze (Henriette de Coligni[320], comtesse de La), célèbre dans son temps par son esprit et par ses élégies. C’est elle qui se fit catholique parceque son mari était huguenot, et qui s’en sépara, afin, disait la reine Christine, de ne voir son mari dans ce monde-ci ni dans l’autre. Née à Paris, en 1618. Morte dans la même ville, en 1673.
Tallemant (François), né à La Rochelle, en 1620: second traducteur[321] de Plutarque. Mort en 1693.
Tallemant (Paul), né à Paris, en 1642. Quoiqu’il fût petit-fils du riche Montauron[322], et fils d’un maître des requêtes qui avait eu deux cent mille livres de rente de notre monnaie d’aujourd’hui, il se trouva presque sans fortune. Colbert lui fit du bien comme aux autres gens de lettres. Il a eu la principale part à l’Histoire du roi par médailles. Mort en 1712.