On reproche à la ville de Paris de n’avoir que deux fontaines dans le bon goût; l’ancienne, de Jean Goujon; et la nouvelle, de Bouchardon: encore sont-elles toutes deux mal placées[370]. On lui reproche de n’avoir d’autre théâtre magnifique que celui du Louvre, dont on ne fait point d’usage, et de ne s’assembler que dans des salles de spectacle sans goût, sans proportion, sans ornement, et aussi défectueuses dans l’emplacement que dans la construction; tandis que les villes de provinces donnent à la capitale des exemples quelle n’a pas encore suivis[371].
La France a été distinguée par d’autres ouvrages publics d’une plus grande importance: ce sont les vastes hôpitaux, les magasins, les ponts de pierre, les quais, les immenses levées qui retiennent les rivières dans leur lit, les canaux, les écluses, les ports, et surtout l’architecture militaire de tant de places frontières, où la solidité se joint à la beauté. On connaît assez les ouvrages élevés sur les dessins de Perrault, de Levau, et de Dorbay[372].
L’art des jardins a été créé et perfectionné par Le Nostre pour l’agréable, et par La Quintinie pour l’utile. Il n’est pas vrai que Le Nostre ait poussé la simplicité jusqu’à embrasser familièrement le roi et le pape[373]. Son élève Collineau m’a protesté que ces historiettes, rapportées dans tant de dictionnaires, sont fausses; et on n’a pas besoin de ce témoignage pour savoir qu’un intendant des jardins ne baise point les papes et les rois des deux côtés.
La gravure en pierres précieuses, les coins des médailles, les fontes des caractères pour l’imprimerie, tout cela s’est ressenti des progrès rapides des autres arts.
Les horlogers, qu’on peut regarder comme des physiciens de pratique, ont fait admirer leur esprit dans leur travail.
On a nuancé les étoffes, et même l’or qui les embellit, avec une intelligence et un goût si rare, que telle étoffe, qui n’a été portée que par le luxe, méritait d’être conservée comme un monument d’industrie.
Enfin le siècle passé a mis celui où nous sommes en état de rassembler en un corps, et de transmettre à la postérité le dépôt de toutes les sciences et de tous les arts, tous poussés aussi loin que l’industrie humaine a pu aller; et c’est à quoi a travaillé une société de savants remplis d’esprit et de lumières. Cet ouvrage immense et immortel semble accuser la brièveté de la vie des hommes[374]. Il a été commencé par messieurs d’Alembert et Diderot, traversé et persécuté par l’envie et par l’ignorance, ce qui est le destin de toutes les grandes entreprises. Il eût été à souhaiter que quelques mains étrangères n’eussent pas défiguré cet important ouvrage par des déclamations puériles et des lieux communs insipides, qui n’empêchent pas que le reste de l’ouvrage ne soit utile au genre humain.