La Beaumelle me fait un plaisant reproche d’avoir consulté pendant vingt années les premiers hommes du royaume pour m’instruire de la vérité. Que ne me reproche-t-il aussi d’avoir demandé à tant d’officiers généraux des instructions sur la guerre de 1741? d’avoir travaillé six mois sans relâche dans les bureaux des ministres, tandis que j’étais historiographe de France, place véritablement honorable pour un écrivain, et que j’ai sacrifiée? Que ne me fait-il un crime d’avoir tout vu par mes yeux, tout extrait de ma main, tout rassemblé? d’avoir laissé à mon roi et à ma patrie ce monument qui ne doit paraître qu’après ma mort, et que j’ai achevé dans une terre étrangère[373]? J’ai fait mon devoir, et je regarde encore comme un devoir de répondre aux derniers des écrivains, parceque le mépris qu’on leur doit cède au respect qu’on doit à la vérité. Voilà ce que l’auteur du Siècle de Louis XIV pourrait dire.
Il continuerait ainsi, s’il voulait prendre la peine d’instruire cet écolier.
1º Apprenez que la valeur numéraire des espèces est arbitraire, et n’est pas indifférente comme vous le dites. Le roi est le maître de faire valoir douze livres l’écu qui est à présent fixé à six; mais, en ce cas, si vous avez six mille livres de rente sur l’hôtel-de-ville, vous ne toucherez plus que cinq cents de ces mêmes écus dont on vous comptait mille auparavant. Cette leçon est courte et nette; tâchez d’être dans le cas d’en profiter, mais vous n’en prenez pas le chemin.
2º Apprenez que la plupart des évêques appelants, et ceux qui signèrent les propositions de 1682, ne s’intitulaient pas évêques par la permission du saint siége.
3º Apprenez que jamais le marquis de Fénélon, ni M. de Plelo, l’un ambassadeur en Hollande, l’autre en Danemark, n’ont commandé des régiments soudoyés par ces puissances, comme M. de Charnacé.
4º Apprenez que Vittorio Siri, qui quelquefois était aussi partial pour la cour qui le payait que Le Vassor le fut contre elle en qualité de réfugié, était un auteur très instruit de tout ce qui s’était passé de son temps; et que le témoignage d’un auteur contemporain, pensionnaire d’une cour, est du plus grand poids, quand le témoignage n’est pas favorable à cette cour.
5º Apprenez que le cardinal Mazarin n’a jamais passé pour maladroit.
6º Apprenez que ce n’est pas à vous à décider des droits du parlement de Paris. L’auteur du Siècle a rapporté quels étaient les sentiments de la cour et ceux de la ville dans des temps de troubles: il n’a pas osé avoir un avis, et vous osez juger!
7º Apprenez que ces vers que le duc de La Rochefoucauld citait au sujet de madame de Longueville, et que vous gâtez,
Pour mériter son cœur, pour plaire à ses beaux yeux,
J’ai fait la guerre aux rois; je l’aurais faite aux dieux,