sont tirés de la tragédie d’Alcyonée[374]; et pour égayer la matière, je vous apprendrai qu’après sa rupture avec madame de Longueville, il parodia ainsi ces vers:

Pour ce cœur inconstant, qu’enfin je connais mieux,
J’ai fait la guerre aux rois; j’en ai perdu les yeux.

8º Apprenez que les favoris de Henri III étaient appelés les mignons, et non les petits-maîtres.

9º Apprenez que ce n’est que depuis 1741 que la chancellerie impériale traite les rois de majesté dans le protocole de l’empire.

10º Apprenez que Louis XIV obtint un désaveu formel de l’action de l’ambassadeur Vatteville, lorsqu’il força d’abord le roi Philippe IV à le rappeler.

11º Apprenez que la méthode du maréchal de Vauban lui appartenait tout entière, et qu’elle n’était pas, comme on vous l’a dit, d’un Hollandais qui n’avait pu être employé dans sa patrie; et souvenez-vous que quand on est assez téméraire pour attaquer la mémoire d’un homme tel que le maréchal de Vauban, il faut citer des autorités convaincantes.

12º Apprenez, que si vous gagiez, comme vous le dites, que les aides-de-camp de Louis XIV ne mangeaient pas à sa table, vous perdriez. Ils y mangeaient comme ceux de Louis XV, titrés ou non titrés. Les gentilshommes ordinaires de sa chambre y mangeaient aussi quand ils avaient fait les fonctions d’aides-de-camp. M. du Libois fut le dernier qui eut cet honneur, etc. M. de Larrey, auteur de l’Histoire de Louis XIV, était conseiller aulique du roi de Prusse, et n’était pas gentilhomme de la chambre de Louis XIV, comme vous le dites, et ne pouvait l’être étant calviniste.

13º Apprenez que cette criminelle remarque, «qu’un roi absolu qui veut le bien est un être de raison, et que Louis XIV ne réalisa jamais cette chimère,» est aussi punissable que fausse. Vous avez l’insolence, vous jeune barbouilleur de papier, d’outrager Louis XIV et Louis XV! Je détourne les yeux de votre crime, pour dire à cette occasion qu’un roi absolu, quand il n’est pas un monstre, ne peut vouloir que la grandeur et la prospérité de son état, parcequ’elle est la sienne propre, parceque tout père de famille veut le bien de sa maison. Il peut se tromper sur le choix des moyens, mais il n’est pas dans la nature qu’il veuille le mal de son royaume.

J’ai une observation nécessaire à faire ici sur le mot despotique[375] dont je me suis servi quelquefois. Je ne sais pourquoi ce terme, qui, dans son origine, n’était que l’expression du pouvoir très faible et très limité d’un petit vassal de Constantinople, signifie aujourd’hui un pouvoir absolu et même tyrannique. On est venu au point de distinguer, parmi les formes des gouvernements ordinaires, ce gouvernement despotique dans le sens le plus affreux, le plus humiliant pour les hommes qui le souffrent, et le plus détestable dans ceux qui l’exercent. On s’était contenté auparavant de reconnaître deux espèces de gouvernements, et de ranger les unes et les autres sous différentes divisions. On est parvenu[376] à imaginer une troisième forme d’administration naturelle à laquelle on a donné le nom d’état despotique, dans laquelle il n’y a d’autre loi, d’autre justice, que le caprice d’un seul homme. On ne s’est pas aperçu que le despotisme, dans ce sens abominable, n’est autre chose que l’abus de la monarchie, de même que dans les états libres l’anarchie est l’abus de la république. On s’est imaginé, sur de fausses relations de Turquie et de Perse, que la seule volonté d’un vizir ou d’un itimadoulet tient lieu de toutes les lois, et qu’aucun citoyen ne possède rien en propriété dans ces vastes pays; comme si les hommes s’y étaient assemblés pour dire à un autre homme: Nous vous donnons un pouvoir absolu sur nos femmes, sur nos enfants, et sur nos vies; comme s’il n’y avait pas chez ces peuples des lois aussi sacrées, aussi réprimantes que chez nous; comme s’il était possible qu’un état subsistât sans que les particuliers fussent les maîtres de leurs biens. On a confondu exprès les abus de ces empires avec les lois de ces empires. On a pris quelques coutumes particulières au sérail de Constantinople pour les lois générales de la Turquie; et parceque la Porte donne des timariots à vie, comme nos anciens rois donnaient des fiefs à vie, parceque l’empereur ottoman fait quelquefois le partage des biens d’un bacha né esclave dans son sérail, on s’est imaginé que la loi de l’état portait qu’aucun particulier n’eût de bien en propre. On a supposé[377] que dans Constantinople le fils d’un ouvrier ou d’un marchand n’héritait pas du fruit de l’industrie de son père. On a osé prétendre[378] que le même despotisme régnait dans le vaste empire de la Chine, pays où les rois, et même les rois conquérants, sont soumis aux plus anciennes lois qu’il y ait sur la terre. Voilà comme on s’est formé un fantôme hideux pour le combattre; et en fesant la satire de ce gouvernement despotique qui n’est que le droit des brigands, on a fait celle du monarchique qui est celui des pères de famille. Je ne veux point entrer dans un détail délicat qui me mènerait trop loin; mais je dois dire que j’ai entendu par le despotisme de Louis XIV, l’usage toujours ferme et quelquefois trop grand qu’il fit de son pouvoir légitime. Si dans des occasions il a fait plier sous ce pouvoir les lois de l’état, qu’il devait respecter, la postérité le condamnera en ce point: ce n’était pas à moi de prononcer; mais je défie qu’on me montre aucune monarchie sur la terre dans laquelle les lois, la justice distributive, les droits de l’humanité, aient été moins foulés aux pieds, et où l’on ait fait de plus grandes choses pour le bien public, que pendant les cinquante-cinq années que Louis XIV régna par lui-même.

14º Apprenez que l’établissement des milices n’est point le malheur de la France, comme vous avez l’impudence de le dire; que ces milices, qui sont la pépinière des armées, contribuèrent à sauver la France dans les dernières campagnes du maréchal de Villars, et à la rendre victorieuse dans les campagnes de Louis XV; que l’excellente méthode qu’on a prise, en 1724, concernant le maintien de ces milices, est due principalement au conseil de M. Duverney, et qu’elle a été très perfectionnée par M. le comte d’Argenson[379]. On se fait un devoir de rendre cette justice à de bons citoyens, pour se laver de l’opprobre de vous adresser la parole.