15º Apprenez qu’il est faux que tous les catholiques du Languedoc avouent que la seule cause du supplice du fameux ministre Brousson fut qu’il était hérétique. L’abbé Brueys, dans son Histoire des troubles des Cévennes[380], rapporte qu’il avait eu autrefois des intelligences avec les ennemis, et qu’il fut roué sur sa propre confession. Ces intelligences étaient très peu de chose. On usa avec lui d’une extrême rigueur; ce fut une cruauté, plus qu’une injustice. On fesait pendre les prédicants de votre communion, qui venaient prêcher malgré les édits. On rouait ceux qui avaient excité à la révolte; telle était la loi: elle était dure; mais il n’y eut rien d’arbitraire dans les jugements[381].

16º Apprenez que Louis XIV n’a jamais dit au lord Stair, ambassadeur d’Angleterre, à l’occasion du port qu’il voulait faire à Mardick: «Monsieur l’ambassadeur, j’ai toujours été le maître chez moi, quelquefois chez les autres; ne m’en faites pas souvenir.»

Vous n’êtes qu’un menteur; car ce n’est pas avec vous qu’il faut ménager les termes, quand vous dites: «Je sais de science certaine que Louis XIV tint ce discours.» J’avais dit[382] que je savais de science certaine qu’il ne le tint pas; mais voici pourquoi je m’étais exprimé ainsi. Je demande pardon à M. le président Hénault de mêler ici son nom à celui d’un homme tel que vous; mais la vérité de l’histoire exige que je le cite, et que j’atteste sa bonne foi et sa candeur. C’est lui seul qui a rapporté cette anecdote. Il a souffert la hardiesse que j’ai prise de le contredire; hardiesse d’autant plus excusable en moi, qu’on sait a quel point j’aime et j’estime son ouvrage[383] et sa personne. Il permettra encore que je révèle ce qui s’est passé entre lui et moi à ce sujet, parceque mon respect pour la vérité est égal à l’amitié que j’ai pour lui.

Je lui dis avant mon départ: «Êtes-vous bien sûr que le feu roi ait tenu à un ambassadeur d’Angleterre un discours qui me semble si peu convenable? Il aurait pu parler ainsi à un ministre des États-Généraux, parcequ’en effet il avait été le maître chez eux; mais certainement, il ne l’avait jamais été chez les Anglais. Il devait la paix à cette nation, et même une partie de ses frontières: comment donc aurait-il pu s’exprimer d’une manière si peu conforme à sa situation, et qui ne pouvait manquer de lui attirer une réponse très désagréable d’un homme tel que milord Stair, dont vous avez connu le caractère?»

«Vous avez raison, me répondit-il; M. de Torci m’a dit les mêmes choses que vous; il m’a ajouté que jamais le comte de Stair n’avait parlé au roi qu’en sa présence, et il m’a protesté n’avoir jamais entendu prononcer ces paroles à Louis XIV.—Pourquoi donc les avez-vous rapportées?» lui dis-je. Il me fit l’honneur de me répliquer qu’elles étaient imprimées avant que M. le marquis de Torci l’eût averti, et qu’il avait cité cette anecdote dans son livre sur la foi des hommes les plus considérables de la cour. Il disait vrai, et il avait pour lui des témoignages nombreux et respectables. Je lui repartis que, selon la doctrine des probabilités, le témoignage de M. de Torci, seul témoin nécessaire, joint à toutes les vraisemblances qui sont très fortes, anéantissait le rapport de tous ceux qui n’avaient pas été témoins, quelque unanime qu’il pût être, et quelque autorité que lui donnassent les noms les plus illustres. Il me semble qu’à la fin de la conversation, M. le président Hénault eut la bonté de convenir qu’à la première édition de son livre, qui sera sans doute souvent réimprimé, parcequ’il sera toujours nécessaire, il mettrait un petit correctif à cette anecdote, en la rapportant comme un ouï-dire[384]. Ce que je viens de raconter, et dont je demande encore très humblement pardon à M. le président Hénault, doit moins servir à fortifier le pyrrhonisme de l’histoire qu’à faire voir avec quel scrupule il faut peser les autorités et balancer les raisons. Ce trait apprendra aux lecteurs quels soins j’ai pris de m’instruire; et peut-être regrettera-t-on que je ne puisse plus être à la source des lumières que j’aurais fidèlement répandues.

17º Apprenez combien il est indécent et révoltant de dire à propos du comte de Plelo «qu’il ne mourut au lit d’honneur que parcequ’il s’ennuyait à périr à Copenhague, et qu’il était estimé des savants danois, parcequ’ils sont fort ignorants.» Jugez ce que vous devez attendre de pareilles remarques qui insultent follement les vivants et les morts. Vous dites que le roi Casimir était un sot, ainsi que tous les Polonais. Quel asile vous restera-t-il sur la terre?

18º Apprenez combien il est ridicule d’avancer que jamais Louis XIV n’eut une cour plus nombreuse que lorsque obligé de quitter sa capitale, il était prêt d’être livré au grand Condé à la journée de Blenau.

19º Apprenez que le grade militaire est toujours à l’armée au-dessus de la naissance, et que le premier grade donne à la cour cette prérogative. Fabert, maréchal de France, passait partout, sans contredit, devant les Montmorenci et les Châtillon, lieutenants-généraux.

20º Apprenez à connaître l’Allemagne. Distinguez le conseil de ce qu’on appelle les légistes. Sachez que, surtout dans les états du roi de Prusse, les magistrats sont bien loin de disputer quelque chose aux officiers.

21º Apprenez que jamais Louis XIV n’a dit au parlement de Paris que Louis XIII n’aimait pas les huguenots, et les craignait; et que pour lui il ne les craignait ni ne les aimait. Ce monarque n’allait point au parlement pour faire des antithèses, et il n’a jamais tenu de lit de justice à l’occasion des prétendus réformés.