[6] Par les instructions à moi envoyées, et puisées dans le dépôt des affaires étrangères, il est évident que le prince Eugène était déjà parti en 1683, et que le marquis de La Fare s’est mépris dans ses Mémoires, quand il fait partir les deux princes de Conti avec le prince Eugène; ce qui a induit les historiens en erreur.

Il y eut alors plusieurs jeunes seigneurs de la cour qui écrivirent aux princes de Conti des lettres indécentes, dans lesquelles ils manquaient de respect au roi, et d’égards pour madame de Maintenon, qui n’était encore que favorite. Les lettres furent interceptées, et ces jeunes gens disgraciés pour quelque temps.

Le compilateur des Mémoires de Maintenon est le seul qui avance que le duc de La Rocheguion dit à son frère, le marquis de Liancourt: «Mon frère, si on intercepte votre lettre, vous méritez la mort.» Premièrement, on ne mérite point la mort parcequ’une lettre coupable est interceptée, mais parcequ’on l’a écrite: secondement, on ne mérite point la mort pour avoir écrit des plaisanteries. Il parut bien que ces seigneurs, qui tous rentrèrent en grace, ne méritaient point la mort. Tous ces prétendus discours qu’on débite avec légèreté dans le monde, et qui sont ensuite recueillis par des écrivains obscurs et mercenaires, sont indignes de croyance.

[7] L’auteur, qui dans sa jeunesse eut l’honneur de le voir souvent, a droit d’assurer que c’était là son caractère. La Beaumelle, qui insulte les maréchaux de Villeroi et de Villars, et tant d’autres, dans ses notes du Siècle de Louis XIV, parle ainsi de feu M. le maréchal de Villeroi, page 102, tome III des Mémoires de madame de Maintenon: «Villeroi le fastueux, qui amusait les femmes avec tant de légèreté, et qui disait à ses gens avec tant d’arrogance: A-t-on mis de l’or dans mes poches?» Comment peut-il attribuer, je ne dis pas à un grand seigneur, mais à un homme bien élevé, ces paroles qu’on attribuait autrefois à un financier ridicule? Comment peut-il parler de tant d’hommes du siècle passé, du ton d’un homme qui les aurait vus? et comment peut-on écrire si insolemment de telles indécences, de telles faussetés, et de telles sottises?

[8] Voyez les Mémoires de Dangeau.

On chantait à la cour, à Paris, et dans l’armée:

Français, rendez grace à Bellone.
Votre bonheur est sans égal;
Vous avez conservé Crémone,
Et perdu votre général.

[9] Voyez tome XVI, pages 372, 362, 397. B.

[10] Voltaire a mis en vers ces paroles: voyez, tome XII, le troisième de ses Discours sur l’homme. B.

[11] Tout ceci doit se trouver dans les Mémoires du maréchal de Villars, manuscrits; j’y ai lu ces détails. Le premier tome imprimé de ces Mémoires est absolument de lui; les deux autres sont d’une main étrangère et un peu différente.