[29] On peut voir les détails de cette campagne dans les Mémoires de Berwick; mais il faut les lire avec précaution. Berwick était dans l’armée, mais humilié de servir sous Vendôme, et presque toujours d’un avis contraire au sien. Vendôme, fatigué des contradictions qu’il éprouvait, semblait avoir perdu, pendant cette campagne, son activité et ses talents. Louis XIV envoya deux fois Chamillart à l’armée comme un arbitre entre les généraux.
Durant le siége de Lille, Marlborough écrivit au maréchal de Berwick, son neveu, pour qu’il proposât à Louis XIV d’entamer une négociation pour la paix avec les députés de Hollande, le prince Eugène, et lui. On crut à la cour que cette proposition était la suite des inquiétudes de Marlborough sur le succès du siége de Lille, et on obligea le duc de Berwick à faire une réponse négative. Marlborough aimait beaucoup la gloire et l’argent, et il pouvait alors desirer la paix comme le meilleur moyen de mettre sa fortune en sûreté, et d’ajouter une autre espèce de gloire à sa réputation militaire, qui ne pouvait plus croître. Bientôt après il s’opposa de toutes ses forces à cette paix qu’il avait desirée, parceque la guerre lui était devenue nécessaire pour soutenir son crédit dans sa patrie. K.
[30] Le marquis d’O.
[31] Ce furent des officiers au service de Hollande qui firent ce coup hardi. Presque tous étaient des Français que la révocation fatale de l’édit de Nantes avait forcés de choisir une nouvelle patrie; ils prirent la chaise du marquis de Beringhen pour celle du dauphin, parcequ’elle avait l’écusson de France. L’ayant enlevé, ils le firent monter à cheval; mais comme il était âgé et infirme, ils eurent la politesse en chemin de lui chercher eux-mêmes une chaise de poste. Cela consuma du temps. Les pages du roi coururent après eux, le premier écuyer fut délivré; et ceux qui l’avaient enlevé furent prisonniers eux-mêmes; quelques minutes plus tard ils auraient pris le dauphin, qui arrivait après Beringhen avec un seul garde.
[32] L’histoire de l’ex-jésuite La Motte, rédigée par La Martinière, dit que Chamillart fut destitué du ministère des finances en 1703, et que la voix publique y appela le maréchal d’Harcourt. Les fautes de cet historien sont sans nombre.
[33] Pour bien juger Desmarets, il faut lire le Mémoire qu’il présenta au régent pour lui rendre compte de son administration: ce Mémoire fait regretter que ce prince ne l’ait pas laissé à la tête des finances. K.
[34] C’est ce que l’auteur tient de la bouche de vingt personnes qui les entendirent parler ainsi à Lille, après la prise de cette ville. Cependant il se peut que ces expressions fussent moins l’effet d’une fierté grossière que d’un style laconique assez en usage dans les armées.
[35] Voyez les Mémoires de Torci, tome III, page 2; ils ont confirmé tout ce qui est avancé ici.
[36] L’auteur des Mémoires de madame de Maintenon dit, pages 92 et 93 du tome V, que «le duc de Marlborough et le prince Eugène gagnèrent Heinsius», comme si Heinsius avait eu besoin d’être gagné. Il met dans la bouche de Louis XIV, au lieu des belles paroles qu’il prononça en plein conseil, ces mots bas et plats: Alors comme alors. Il cite l’auteur du Siècle de Louis XIV, et le reprend d’avoir dit que «Louis XIV fit afficher sa lettre circulaire dans les rues de Paris.» Nous avons confronté toutes les éditions du Siècle de Louis XIV; il n’y a pas un seul mot de ce que cite cet homme, pas même dans l’édition subreptice qu’il fit à Francfort en 1752.—Cette note de Voltaire est de 1756. B.
[37] Cet endroit mérite d’être éclairci. L’auteur célèbre de l’Esprit des lois dit que l’honneur est le principe des gouvernements monarchiques, et la vertu le principe des gouvernements républicains.