[53] Cette ville de Xativa fut rasée en 1707, après la bataille d’Almanza. Philippe V fit bâtir sur ses ruines une autre ville qu’on nomme à présent San Felipe.
[54] Les alliés ne firent de progrès en Espagne qu’à l’aide du parti qui y subsistait en faveur de la maison d’Autriche. Ce parti s’était formé pendant la vie de Charles II, et les fautes du ministère de Philippe V lui donnèrent des forces. Il était impossible qu’il n’y eût des cabales dans la cour d’un roi étranger à l’Espagne, jeune, incapable de gouverner par lui-même: et il était impossible d’empêcher ces cabales de dégénérer en conspirations et en partis. Peut-être cependant eût-on prévenu les suites funestes de ces cabales, si, au lieu d’abandonner son petit-fils aux intrigues de la princesse des Ursins, des ambassadeurs de France, des Français employés à Madrid, des ministres espagnols, Louis XIV lui eût donné pour guide un homme capable à -la-fois d’être ambassadeur, ministre, et général; assez supérieur à tous les préjugés pour n’en blesser aucun inutilement; assez au-dessus de la vanité pour ne faire aucune parade de son pouvoir, et se borner à être utile en secret; assez modeste pour cacher à la haine des Espagnols pour les étrangers le bien qu’il ferait à leur pays; un homme enfin dont le nom, respecté dans l’Europe, en imposât à la jalousie nationale. Cet homme existait en France; mais madame de Maintenon trouvait qu’il n’avait pas une véritable piété.
La nation castillane montra un attachement inébranlable pour Philippe V. Lorsque les troupes de l’archiduc traversèrent la Castille, elles la trouvèrent presque déserte; le peuple fuyait devant elles, cachait ses vivres pour n’être pas obligé de leur en vendre; les soldats qui s’écartaient étaient tués par les paysans. Les courtisanes de Madrid se rendirent en foule au camp des Anglais et des Allemands, dans l’intention d’y répandre le poison que les compagnons de Colomb avaient porté en Espagne. (Mémoires de Saint-Philippe.) A peine sortis d’une ville, les partisans de l’archiduc entendaient le bruit des réjouissances que le peuple fesait en l’honneur de Philippe. Mais la nation aragonaise penchait pour l’archiduc. La haine entre les deux nations semblait s’être réveillée. Les Espagnols des deux partis montrèrent dans cette guerre le même caractère qu’ils avaient déployé dans leurs guerres contre les Carthaginois et les Romains. La domination de Rome, des Goths, et des Maures, la révolution dans la religion et dans le gouvernement, ne l’avaient point changé. Plusieurs villes se défendirent comme Sagonte et comme Numance; mais, comme dans ces anciennes époques, nulle réunion entre les différents cantons, nul effort suivi et combiné: cette force de caractère ne se montrait que quand ils étaient attaqués, et alors elle devenait indomptable.
Les Catalans furent dépouillés de leurs priviléges; heureusement ces prétendus priviléges n’étaient que des droits accordés aux villes et aux riches aux dépens des campagnes et du peuple. Depuis leur destruction, l’industrie de cette nation s’est ranimée; l’agriculture, les manufactures, le commerce, ont fleuri; et l’orgueil de la victoire a ordonné ce que, dans un temps plus éclairé, un gouvernement paternel eût voulu faire. K.
[55] En 1751, 1752, 1753, ce chapitre n’était que le vingt-troisième. Cette différence vient de ce qu’alors le chapitre Iᵉʳ comprenait l’Introduction, et Des états de l’Europe avant Louis XIV, dont, en 1756, Voltaire forma deux chapitres, les CLXV et CLXVI de son Essai sur l’histoire générale (aujourd’hui, sauf les changements, chapitres I et II du Siècle de Louis XIV). Le chapitre XXIII des éditions de 1751, 1752 et 1753, devenu, en 1756, le chapitre CLXXXVII de l’Essai, subit alors de grands changements. Une partie de ce qui le composait servit pour le chapitre CLXXIX, qui, en 1768, forma une partie du chapitre III du Précis du Siècle de Louis XV: voyez ce chapitre, tome XXI. B.
[56] On lit ainsi dans l’édition originale et dans toutes les autres. Je pense que c’est par mégarde que Voltaire a laissé, en 1751, imprimer près de succomber; car, en 1764, il dit, dans son édition de Corneille (voyez tome XXXV, page 138): «Près de veut un substantif.» On a pu remarquer que devant un verbe il écrivait toujours prêt de. C’était l’usage de son temps. Il a changé: aujourd’hui l’on dit près de et prêt à . B.
[57] On appelle généralement du nom de Flandre les provinces des Pays-Bas qui appartiennent à la maison d’Autriche, comme on appelle les sept Provinces-Unies la Hollande.
[58] Dès 1748, Voltaire avait publié des Anecdotes sur Louis XIV, qui sont dans le tome XXXIX, page 3 et suiv. B.
[59] Voyez les deux Mémoires de Louis XIV rapportés dans ce volume (chapitre XXVIII).
[60] Anne d’Autriche s’était prononcée contre ce mariage. Voltaire a rapporté ses paroles tome XIX, page 338. B.