1º Il est faux qu’Esther fût alors mal reçue.
2º Il est faux et impossible que Racine ait dit qu’on l’avait empêché alors de se faire chartreux, puisque sa femme vivait. L’auteur, qui a tout écrit au hasard et tout confondu, devait consulter les Mémoires sur la vie de Jean Racine par Louis Racine, son fils; il y aurait vu que Jean Racine voulait se faire chartreux avant son mariage.
3º Il est faux que le roi lui eût donné alors mille louis. Cette fausseté est encore prouvée par les mêmes Mémoires. Le roi lui fit présent d’une charge de gentilhomme ordinaire de sa chambre, en 1690, après la représentation d’Athalie, à Versailles. Ces minuties acquièrent quelque importance quand il s’agit d’un aussi grand homme que Racine. Les fausses anecdotes sur ceux qui illustrèrent le beau siècle de Louis XIV sont répétées dans tant de livres ridicules, et ces livres sont en si grand nombre, tant de lecteurs oisifs et mal instruits prennent ces contes pour des vérités, qu’on ne peut trop les prémunir contre tous ces mensonges. Et si l’on dément souvent l’auteur des Mémoires de Maintenon, c’est que jamais auteur n’a plus menti que lui.
[136] Cette phrase est de 1751, et me paraît dirigée contre Crébillon. B.
[137] Comment le marquis de La Fare peut-il dire dans ses Mémoires que «depuis la mort de Madame ce ne fut que jeu, confusion, et impolitesse?» On jouait beaucoup dans les voyages de Marli et de Fontainebleau, mais jamais chez madame de Maintenon; et la cour fut en tout temps le modèle de la plus parfaite politesse. La duchesse d’Orléans, alors duchesse de Chartres, la princesse de Conti, madame la Duchesse, démentaient bien ce que le marquis de La Fare avance. Cet homme, qui dans le commerce était de la plus grande indulgence, n’a presque écrit qu’une satire. Il était mécontent du gouvernement: il passait sa vie dans une société qui se fesait un mérite de condamner la cour; et cette société fit d’un homme très aimable un historien quelquefois injuste.
[138] Louis XV. Cette phrase existe dès 1751. B.
[139] Louis XIV allait à la chasse le jour qu’il avait perdu quelqu’un de ses enfants, a dit Voltaire: voyez tome XXXVII, page 61. B.
[140] L’auteur des Mémoires de madame de Maintenon, tome IV, dans un chapitre intitulé: Mademoiselle Chouin, dit que «Monseigneur fut amoureux d’une de ses propres sœurs, et qu’il épousa ensuite mademoiselle Chouin.» Ces contes populaires sont reconnus pour faux chez tous les honnêtes gens. Il faudrait être non seulement contemporain, mais être muni de preuves, pour avancer de telles anecdotes. Il n’y a jamais eu le moindre indice que Monseigneur eût épousé mademoiselle Chouin. Renouveler ainsi, au bout de soixante ans, des bruits de ville si vagues, si peu vraisemblables, si décriés, ce n’est point écrire l’histoire, c’est compiler au hasard des scandales pour gagner de l’argent. Sur quel fondement cet écrivain a-t-il le front d’avancer, page 244, que madame la duchesse de Bourgogne dit au prince son époux: «Si j’étais morte, auriez-vous fait le troisième tome de votre famille?» Il fait parler Louis XIV, tous les princes, tous les ministres, comme s’il les avait écoutés. On trouve peu de pages dans ces Mémoires qui ne soient remplies de ces mensonges hardis qui soulèvent tous les honnêtes gens.
[141] Le récit du marquis de Canillac ne prouve ni de près, ni de loin, l’innocence du duc d’Orléans. L.—Ce fut pour cette note que La Beaumelle fut mis à la Bastille: voyez ci-après ma Préface du Supplément. B.
[142] Voltaire a écrit Humbert. Guillaume Homberg, né à Batavia, le 3 janvier 1652, mort le 24 septembre 1715, était de l’académie des sciences, où Fontanelle a fait son Éloge. C’est du même Homberg que Voltaire parle dans ses lettres à Moussinot de juin et juillet 1737. B.