«C’est cet homme proscrit dans tous les pays que Maupertuis recherche dés qu’il est arrivé, et qu’il va soulever contre moi: en voici la preuve dans une lettre écrite par La Beaumelle à M. le pasteur Roques, au pays de Hesse-Hombourg:

«Fragment de la lettre de La Beaumelle.»

«Maupertuis vient chez moi, ne me trouve pas; je vais chez lui. Il me dit qu’un jour, au souper des petits appartements, M. de Voltaire avait parlé d’une manière violente contre moi; qu’il avait dit au roi que je parlais de lui peu respectueusement dans mon livre; que je traitais sa cour philosophe de nains et de bouffons; que je le comparais aux petits princes allemands, et mille faussetés de cette force. M. de Maupertuis me conseilla d’envoyer mon livre au roi en droiture, avec une lettre qu’il vit et corrigea lui-même.»

«Le roi de Prusse, qui n’a su cette anecdote que depuis quelques jours, doit être convaincu de la méchanceté atroce de Maupertuis, puisque sa majesté sait très bien que je n’ai jamais dit à ses soupers ce qu’il m’impute. Elle me rend cette justice; et quand je l’aurais dit, ce serait toujours un crime à Maupertuis d’avoir manqué au secret qu’il doit sur tout ce qui s’est dit aux soupers particuliers du roi.

«On sait quelle violence inouïe il a exercée depuis contre M. Kœnig, bibliothécaire de madame la princesse d’Orange: on connaît les lettres qu’il a fait imprimer, dans lesquelles il outrage tous les philosophes d’Allemagne, et fait dire à M. Wolf ce qu’il n’a point dit, afin de le décrier.

«On n’ignore pas par quelles affreuses manœuvres il est parvenu à m’opprimer. J’ai remis à sa majesté ma clef de chambellan, mon cordon, tout ce qui m’est dû de mes pensions. Elle a eu la bonté de me rendre tout, et a daigné m’inviter à la suivre à Potsdam, où j’aurais l’honneur de la suivre si ma santé me le permettait.»

Ce Mémoire est daté du 27 janvier 1753, dans la réimpression (avec apostilles) qu’en donna La Beaumelle, à la suite de la Réponse au supplément. B.

[358] Dans quelques unes des premières éditions, cette partie est intitulée: Réfutation des notes critiques que M. de La Beaumelle a faites sur le Siècle de Louis XIV. Le début, tel qu’on le lit ici, a été ajouté depuis. B.

[359] Voyez ma note, tome XIX, page 347. B.

[360] L’édition dont Voltaire parle ici est celle qui fut publiée chez G.-C. Walther, 1753, deux volumes petit in-8º. B.