Le Grand-Prêtre l'interrogea, & lui dit: Je vous commande par le Dieu vivant, de nous dire, si vous êtes le Christ, Fils de DIEU. On ne nous apprend point ce que le Grand-Prêtre entendait par Fils de Dieu. On se servait quelquefois de cette expression pour signifier un juste,[35] comme on employait les mots de fils de Bélial, pour signifier un méchant. Les Juifs grossiers n'avaient aucune idée du mystere sacré d'un Fils de Dieu, Dieu lui-même, venant sur la terre.
Jesus lui répondit: Vous l'avez dit; mais je vous dis que vous verrez bientôt le fils de l'homme assis à la droite de la vertu de Dieu, venant sur les nuées du Ciel.
Cette réponse fut regardée, par le Sanhedrin irrité, comme un blasphême. Le Sanhedrin n'avait plus le droit du glaive: ils traduisirent Jesus devant le Gouverneur Romain de la Province, & l'accuserent calomnieusement d'être un perturbateur du repos public, qui disait qu'il ne fallait pas payer le tribut à César, & qui de plus se disait Roi des Juifs. Il est donc de la plus grande évidence qu'il fut accusé d'un crime d'Etat.
Le Gouverneur Pilate ayant appris qu'il était Galiléen, le renvoya d'abord à Hérode, Tétrarque de Galilée. Hérode crut qu'il était impossible que Jesus pût aspirer à se faire chef de parti, & prétendre à la Royauté; il le traita avec mépris, & le renvoya à Pilate, qui eut l'indigne faiblesse de le condamner, pour appaiser le tumulte excité contre lui-même, d'autant plus qu'il avait essuyé déja une révolte des Juifs, à ce que nous apprend Joseph. Pilate n'eut pas la même générosité qu'eut depuis le Gouverneur Festus.
Je demande à présent, si c'est la tolérance, ou l'intolérance, qui est de droit divin? Si vous voulez ressembler à Jesus-Christ, soyez martyrs, & non pas bourreaux.
CHAPITRE XV.
Témoignages contre l'Intolérance.
C'Est une impiété d'ôter, en matiere de Religion, la liberté aux hommes, d'empêcher qu'ils ne fassent choix d'une Divinité; aucun homme, aucun Dieu ne voudrait d'un service forcé. (Apologétique, ch. 24.)
Si on usait de violence pour la défense de la Foi, les Evêques s'y opposeraient. (St. Hilaire, Liv. I.)
La Religion forcée n'est plus Religion; il faut persuader, & non contraindre. La Religion ne se commande point. (Lactance, Liv. 3.)