En attendant, je ne puis que remercier la Providence de ce qu'elle permet que les gens de son espece soient toujours de mauvais raisonneurs. Il va jusqu'à citer Bayle parmi les partisans de l'Intolérance; cela est sensé & adroit: & de ce que Bayle accorde qu'il faut punir les factieux & les frippons, notre homme en conclut qu'il faut persécuter à feu & à sang les gens de bonne foi qui sont paisibles, page 98.
Presque tout son Livre est une imitation de l'Apologie de la St. Barthelemi. C'est cet Apologiste ou son écho. Dans l'un ou dans l'autre cas, il faut espérer que ni le Maître ni le Disciple ne gouverneront l'Etat.
Mais s'il arrive qu'ils en soient les Maîtres, je leur présente de loin cette Requête, au sujet de deux lignes de la page 93 du saint Libelle:
Faut-il sacrifier au bonheur du vingtieme de la Nation, le bonheur de la Nation entiere?
Supposez qu'en effet il y ait vingt Catholiques Romains en France contre un Huguenot, je ne prétends point que le Huguenot mange les vingt Catholiques; mais aussi, pourquoi ces vingt Catholiques mangeraient-ils ce Huguenot? & pourquoi empêcher ce Huguenot de se marier? N'y a-t-il pas des Evêques, des Abbés, des Moines qui ont des Terres en Dauphiné, dans le Gévaudan, devers Agde, devers Carcassonne? Ces Evêques, ces Abbés, ces Moines, n'ont-ils pas des Fermiers qui ont le malheur de ne pas croire à la transsubstantiation? N'est-il pas de l'intérêt des Evêques, des Abbés, des Moines, & du Public, que ces Fermiers ayent de nombreuses familles? N'y aura-t-il que ceux qui communieront sous une seule espece, à qui il sera permis de faire des enfants? En vérité, cela n'est ni juste, ni honnête.
La révocation de l'Edit de Nantes n'a point autant produit d'inconvénients qu'on lui en attribue, dit l'Auteur.
Si en effet on lui en attribue plus qu'elle n'en a produit, on exagere; & le tort de presque tous les Historiens est d'exagérer; mais c'est aussi le tort de tous les Controversistes de réduire à rien le mal qu'on leur reproche. N'en croyons ni les Docteurs de Paris, ni les Prédicants d'Amsterdam.
Prenons pour Juge Mr. le Comte d'Avaux, Ambassadeur en Hollande depuis 1685 jusqu'en 1688. Il dit, page 181, tom. 5, qu'un seul homme avait offert de découvrir plus de vingt millions, que les persécutés faisaient sortir de France. Louis XIV répond à Mr. d'Avaux: Les avis que je reçois tous les jours d'un nombre infini de conversions, ne me laissent plus douter que les plus opiniâtres ne suivent l'exemple des autres.
On voit par cette Lettre de Louis XIV, qu'il était de très-bonne foi sur l'étendue de son pouvoir. On lui disait tous les matins, Sire, vous êtes le plus grand Roi de l'Univers; tout l'Univers fera gloire de penser comme vous, dès que vous aurez parlé. Pélisson, qui s'était enrichi dans la place de premier Commis des finances; Pélisson qui avait été trois ans à la Bastille, comme complice de Fouquet; Pélisson, qui de Calviniste était devenu Diacre & Bénéficier, qui faisait imprimer des Prieres pour la Messe, & des Bouquets à Iris, qui avait obtenu la place des Economats, & de Convertisseur; Pélisson, dis-je, apportait tous les trois mois une grande liste d'abjurations, à sept ou huit écus la piece; & faisait accroire à son Roi, que quand il voudrait, il convertirait tous les Turcs au même prix. On se relayait pour le tromper: pouvait-il résister à la séduction?
Cependant, le même Mr. d'Avaux mande au Roi qu'un nommé Vincent maintient plus de cinq cents Ouvriers auprès d'Angoulême, & que sa sortie causera du préjudice, page 194, tom. 5.