Le même Mr. d'Avaux parle de deux Régiments que le Prince d'Orange fait déja lever par les Officiers Français réfugiés: il parle de Matelots qui déserterent de trois vaisseaux pour servir sur ceux du Prince d'Orange. Outre ces deux Régiments, le Prince d'Orange forme encore une Compagnie de Cadets réfugiés, commandés par deux Capitaines, page 240. Cet Ambassadeur écrit encore le 9 Mai 1686, à Mr. de Seignelay, qu'il ne peut lui dissimuler la peine qu'il a de voir les Manufactures de France s'établir en Hollande, d'où elles ne sortiront jamais.
Joignez à tous ces témoignages ceux de tous les Intendants du Royaume, en 1698, & jugez si la révocation de l'Edit de Nantes n'a pas produit plus de mal que de bien, malgré l'opinion du respectable Auteur de l'Accord de la Religion & de l'inhumanité.
Un Maréchal de France, connu par son esprit supérieur, disait, il y a quelques années: Je ne sais pas si la dragonnade a été nécessaire, mais il est nécessaire de n'en plus faire.
J'avoue que j'ai cru aller un peu trop loin, quand j'ai rendu publique la Lettre du Correspondant du Pere Le Tellier, dans laquelle ce Congréganiste propose des tonneaux de poudre. Je me disais à moi-même: On ne m'en croira pas, on regardera cette Lettre comme une piece supposée: mes scrupules heureusement ont été levés, quand j'ai lu dans l'Accord de la Religion & de l'Inhumanité, page 149, ces douces paroles:
L'extinction totale des Protestants en France, n'affaiblirait pas plus la France, qu'une saignée n'affaiblit un malade bien constitué.
Ce Chrétien compatissant, qui a dit tout-à-l'heure que les Protestants composent le vingtieme de la Nation, veut donc qu'on répande le sang de cette vingtieme partie, & ne regarde cette opération que comme une saignée d'une palette! Dieu nous préserve avec lui des trois vingtiemes!
Si donc cet honnête-homme propose de tuer le vingtieme de la Nation, pourquoi l'Ami du Pere Le Tellier n'aurait-il pas proposé de faire sauter en l'air, d'égorger & d'empoisonner le tiers? Il est donc très-vraisemblable que la Lettre au Pere Le Tellier a été réellement écrite.
Le saint Auteur finit enfin par conclurre que l'intolérance est une chose excellente, parce qu'elle n'a pas été, dit-il, condamnée expressément par Jesus-Christ. Mais Jesus-Christ n'a pas condamné non plus ceux qui mettraient le feu aux quatre coins de Paris; est-ce une raison pour canoniser les incendiaires?
Ainsi donc, quand la nature fait entendre d'un côté sa voix douce & bienfaisante, le fanatisme, cet ennemi de la nature, pousse des hurlements; & lorsque la paix se présente aux hommes, l'intolérance forge ses armes. O vous, Arbitres des Nations, qui avez donné la paix à l'Europe, décidez entre l'esprit pacifique, & l'esprit meurtrier.