On voit dans cette fatale aventure un dévouement, un Prêtre, une victime; c'était donc un sacrifice.

Tous les Peuples dont nous avons l'histoire, ont sacrifié des hommes à la Divinité, excepté les Chinois. Plutarque rapporte que les Romains mêmes en immolerent du temps de la République.

On voit dans les Commentaires de César, que les Germains allaient immoler les ôtages qu'il leur avait donnés, lorsqu'il délivra ces ôtages par sa victoire.

J'ai remarqué ailleurs que cette violation du Droit des gens envers les ôtages de César, & ces victimes humaines immolées, pour comble d'horreur, par la main des femmes, dément un peu le panégyrique que Tacite fait des Germains dans son Traité De moribus Germanorum. Il paraît que dans ce Traité Tacite songe plus à faire la satyre des Romains, que l'éloge des Germains, qu'il ne connaissait pas.

Disons ici en passant que Tacite aimait encore mieux la satyre que la vérité. Il veut rendre tout odieux, jusqu'aux actions indifférentes; & sa malignité nous plaît presque autant que son style, parce que nous aimons la médisance & l'esprit.

Revenons aux victimes humaines. Nos Peres en immolaient aussi-bien que les Germains; c'est le dernier degré de la stupidité de notre nature abandonnée à elle-même, & c'est un des fruits de la faiblesse de notre jugement. Nous dîmes: Il faut offrir à Dieu ce qu'on a de plus précieux & de plus beau; nous n'avons rien de plus précieux que nos enfants; il faut donc choisir les plus beaux & les plus jeunes pour les sacrifier à la Divinité.

Philon dit que dans la Terre de Canaan on immolait quelquefois ses enfants, avant que Dieu eût ordonné à Abraham de lui sacrifier son fils unique Isaac pour éprouver sa foi.

Sanchoniaton, cité par Eusebe, rapporte que les Phéniciens sacrifiaient dans les grands dangers le plus cher de leurs enfants, & qu'Ilus immola son fils Jehud à peu près dans le temps que Dieu mit la foi d'Abraham à l'épreuve. Il est difficile de percer dans les ténebres de cette antiquité; mais il n'est que trop vrai que ces horribles sacrifices ont été presque par-tout en usage; les Peuples ne s'en sont défaits qu'à mesure qu'ils se sont policés. La politesse amene l'humanité.

[28] Ceux qui sont peu au fait des usages de l'antiquité, & qui ne jugent que d'après ce qu'ils voyent autour d'eux, peuvent être étonnés de ces singularités; mais il faut songer qu'alors, dans l'Egypte, & dans une grande partie de l'Asie, la plupart des choses s'exprimaient par des figures, des hiéroglyphes, des signes, des types.

Les Prophetes, qui s'appellaient les Voyants chez les Egyptiens & chez les Juifs, non-seulement s'exprimaient en allégories, mais ils figuraient par des signes les événements qu'ils annonçaient. Ainsi Isaïe, Isaïe, Chapitre 8.le premier des quatre grands Prophetes Juifs, prend un rouleau, & y écrit: Shas bas, butinez, vîte; puis il s'approche de la Prophétesse, elle conçoit, & met au monde un fils, qu'il appelle Maher-Salal-Has-bas: c'est une figure des maux que les Peuples d'Egypte & d'Assyrie feront aux Juifs.