Ce Prophete dit: Avant que l'enfant soit en âge de manger du beurre & du miel, & qu'il sache réprouver le mauvais & choisir le bon, la terre détestée par vous sera délivrée des deux Rois: le Seigneur sifflera aux mouches d'Egypte & aux abeilles d'Assur: le Seigneur prendra un rasoir de louage, & en rasera toute la barbe & les poils des pieds du Roi d'Assur.

Cette prophétie des abeilles, de la barbe & du poil des pieds rasé, ne peut être entendue que par ceux qui savent que c'était la coutume d'appeller les essaims au son du flageolet ou de quelqu'autre instrument champêtre; que le plus grand affront qu'on pût faire à un homme, était de lui couper la barbe; qu'on appellait le poil des pieds, le poil du pubis; que l'on ne rasait ce poil que dans des maladies immondes, comme celle de la lepre. Toutes ces figures, si étrangeres à notre style, ne signifient autre chose, sinon que le Seigneur, dans quelques années, délivrera son Peuple d'oppression.

Le même Isaïe Isaïe, Chapitre 20marche tout nud, pour marquer que le Roi d'Assyrie emmenera d'Egypte & d'Ethiopie une foule de captifs qui n'auront pas de quoi couvrir leur nudité.

Ezéchiel mange le volume de parchemin Ezéch. Chap. 4 & suiv.qui lui est présenté: ensuite il couvre son pain d'excréments, & demeure couché sur son côté gauche trois cents quatre-vingt-dix jours, & sur le côté droit quarante jours, pour faire entendre que les Juifs manqueront de pain, & pour signifier les années que devait durer la captivité. Il se charge de chaînes, qui figurent celles du Peuple; il coupe ses cheveux & sa barbe, & les partage en trois parties: le premier tiers désigne ceux qui doivent périr dans la Ville; le second, ceux qui seront mis à mort autour des murailles; le troisieme, ceux qui doivent être emmenés à Babylone.

Le Prophete Ozée Ozée, Chap. 3.s'unit à une femme adultere, qu'il achete quinze pieces d'argent & un chomer & demi d'orge: Vous m'attendrez, lui dit-il, plusieurs jours, & pendant ce temps nul homme n'approchera de vous; c'est l'état où les enfants d'Israël seront long-temps sans Rois, sans Princes, sans Sacrifices, sans Autel & sans Ephod. En un mot, les Nabi, les Voyants, les Prophetes, ne prédisent presque jamais sans figurer par un signe la chose prédite.

Jérémie ne fait donc que se conformer à l'usage, en se liant de cordes, & en se mettant des colliers & des jougs sur le dos, pour signifier l'esclavage de ceux auxquels il envoye ces types. Si on veut y prendre garde, ces temps-là sont comme ceux d'un ancien monde, qui differe en tout du nouveau; la vie civile, les Loix, la maniere de faire la guerre, les cérémonies de la Religion, tout est absolument différent. Il n'y a même qu'à ouvrir Homere & le premier Livre d'Hérodote, pour se convaincre que nous n'avons aucune ressemblance avec les Peuples de la haute antiquité, & que nous devons nous défier de notre jugement quand nous cherchons à comparer leurs mœurs avec les nôtres.

La nature même n'était pas ce qu'elle est aujourd'hui. Les Magiciens avaient sur elle un pouvoir qu'ils n'ont plus: ils enchantaient les serpents, ils évoquaient les morts, &c. Dieu envoyait des songes, & des hommes les expliquaient. Le don de prophétie était commun. On voyait des métamorphoses telles que celles de Nabuchodonosor changé en bœuf, de la femme de Loth en statue de sel, de cinq Villes en un lac bitumineux.

Il y avait des especes d'hommes qui n'existent plus. La race des géants Rephaïm, Emim, Néphilim, Enacim a disparu. St. Augustin, au Livre V de la Cité de Dieu, dit avoir vu la dent d'un ancien Géant, grosse comme cent de nos molaires. Ezéchiel parle des pigmées Gamadim, hauts d'une coudée, qui combattaient au siege de Tyr: & en presque tout cela les Auteurs sacrés sont d'accord avec les profanes. Les maladies & les remedes n'étaient point les mêmes que de nos jours: les possédés étaient guéris avec la racine nommée Barad enchassée dans un anneau qu'on leur mettait sous le nez.

Enfin tout cet ancien monde était si différent du nôtre, qu'on ne peut en tirer aujourd'hui aucune regle de conduite; & si, dans cette antiquité reculée, les hommes s'étaient persécutés & opprimés tour à tour au sujet de leur culte, on ne devrait pas imiter cette cruauté sous la Loi de grace.

[29] Il n'y a qu'un seul passage dans les Loix de Moïse, d'où l'on pût conclurre qu'il était instruit de l'opinion régnante chez les Egyptiens, que l'ame ne meurt point avec le corps: ce passage est très-important; c'est dans le chap. 18 du Deutéronome: Ne consultez point les Devins qui prédisent par l'inspection des nuées, qui enchantent les serpents, qui consultent l'esprit de Python, les Voyants, les Connoißeurs qui interrogent les Morts, & leur demandent la vérité.