«Mais tu seras malheureux!» lui dit-elle.

«Qu’est-ce que ça fait?»

Il accepte désormais son sort des mains de sa femme.

AU CHAT-NOIR

Marcel Schwob, le profond connaisseur de l’argot, l’auteur de Cœur double, me mène voir le Chat-Noir, auguste domaine où Rodolphe Salis, gentilhomme et aubergiste, impose à ses vassaux, poètes et artistes, la corvée d’amuser le Paris cosmopolite. La façon d’amuser lui importe peu. Chacun donne, à sa guise, une chanson équivoque, quelques caricatures, des ombres chinoises même, tout est bienvenu. Ils ont des bocks pour récompense.

L’aubergiste et son auberge prospèrent.

En route, Marcel Schwob me donne quelques renseignements sur les gens que j’y rencontrerai.

«Je ne vous ai pas encore nommé le plus original d’entre eux,» me dit-il. «C’est Alphonse Allais. Il a publié ces jours-ci un recueil de contes intitulé: A se tordre, histoires anthumes. Une trouvaille impayable que ce titre, n’est-ce pas? Il est comique de nature. Georges Courteline et lui sont presque les seuls qui aient la gaieté native. Les autres gardent tous au fond de leur cœur ce que Paul Bourget, qui à son tour a pris le mot d’un autre, appelle: «un cochon triste.»

Qui donc a jamais peint avec un sérieux plus folâtre la fin d’une soirée d’automne, «pénétrante jusqu’à la douleur,» qu’Alphonse Allais dans ces simples mots: «Il était six heures; la nuit tombait et personne pour la relever.» Ou bien cette description épique d’un suicide: «Il jeta un regard par la fenêtre et le suivit sur-le-champ.» Voilà tout réuni dans une seule ligne, l’émotion et l’action.

Et ses farces pratiques dans la vie ordinaire!