Horrible, horrible, horrible femme!

«Tristes querelles! J’ai cherché à me distraire:

«Ah, si je bois c’est pour me soûler, non pour boire[1]!

«Oui, sans doute, j’irai avec vous. Nous tâcherons d’être bons amis, et de nous amuser. Car, hors l’amitié, il n’y a point d’amusement.»

Le regard qui accompagnait ces paroles était affectueux, mais les paroles elles-mêmes sonnaient un peu creux comme un vieux souvenir vaguement rappelé pour le besoin de la cause.

—«Vous savez que je suis hanté ces jours-ci par une image terrible. Je ne peux pas m’empêcher de penser aux personnages du roman de Huysmans, Là-bas. La messe noire, la souillure de l’hostie, et puis le chanoine Docre, qui dit la messe de Satan pour les fidèles du Diable! Quel homme, ce chanoine Docre!»

Verlaine ne faisait que répéter ce mot; évidemment l’étrange sonorité du nom l’attirait. «Le chanoine Docre!» Il s’arrêtait pour jouir plus à son aise de toutes les images que cette combinaison de sons évoquait. Et la scène nocturne de la messe diabolique avec sa liturgie sacrilège se déroulait devant son imagination. Le poète s’amusait comme un enfant qui regarde des estampes pleines d’horreurs. «Le chanoine Docre!» et il frappait le pavé du bâton pour exprimer sa joie.

Tout à coup, le visage changea d’expression; les traits sur lesquels une lueur de volupté avait glissé l’instant d’auparavant devinrent rigides; la main, qui venait de caresser sa moustache, se dressa en un geste sévère.

—«La messe! Penser que durant les siècles passés le même culte a été célébré, toujours invariable, et qu’il se maintiendra sans changement jusqu’au dernier jour! Tout passe; seule, cette parole restera, comme elle a été instituée dès le commencement. De toutes les parties du monde cette voix s’élève, partout la même, avec son sens inexhaustible, que tous les siècles à venir sont incapables d’approfondir. Ceci restera; ceci est inébranlable. Les paroles de la messe sont gravées sur un airain que l’éternité même ne saurait entamer.»

Nous étions arrivés près du Panthéon; de rares passants troublaient l’aspect inanimé de la rue et nous ne perdions rien des paroles que le poète murmurait, comme une litanie récitée pour se confirmer dans de bonnes pensées.