MIRACLES

Eh quoi, vous faites si grand cas d’un miracle?
Je ne connais, quant à moi, rien autre que des miracles,
Que je me promène dans les rues de Manhattan,
Ou darde ma vue par-dessus les toits des maisons vers le ciel,
Ou marche le long de la plage, baignant mes pieds nus dans la frange des vagues,
Ou me tienne sous les arbres dans les bois,
Ou cause le jour avec quelqu’un que j’aime ou dorme la nuit avec une personne que j’aime,
Ou sois à table assis avec d’autres dîneurs,
Ou regarde les étrangers qui sont en face de moi dans le tram,
Ou observe les abeilles s’activant un après-midi d’été autour de la ruche,
Ou les animaux qui paissent dans les champs,
Ou les oiseaux, ou le prodige des insectes dans l’air,
Ou le prodige du soleil couchant ou des étoiles brillant d’un éclat si tranquille,
Ou l’exquis croissant, délicat et mince, de la nouvelle lune au printemps;
Toutes ces choses et les autres, sans en excepter une seule, sont pour moi des miracles,
Chacune se rapportant au tout, sans cesser d’être distincte et à sa place.

Pour moi chaque heure de la lumière et des ténèbres est un miracle,
Chaque centimètre cube de l’espace est un miracle,
Chaque mètre carré de la surface de la terre est parsemé de miracles,
Chaque pied de l’intérieur de la terre déborde de miracles.

Pour moi la mer est un perpétuel miracle,
Les poissons qui nagent—les rochers—le mouvement des vagues—les vaisseaux qui portent des hommes,
Où donc y a-t-il des miracles plus étranges?

QUE SUIS-JE, APRÈS TOUT

Que suis-je, après tout, sinon un enfant, ravi du son de mon propre nom et me le répétant sans cesse?
Je me tiens à l’écart pour écouter,—je ne m’en fatigue jamais.

Ainsi de votre nom pour vous;
Pensiez-vous qu’il n’y avait rien autre chose que deux ou trois articulations dans le son de votre nom?

COSMOS

Est un cosmos celui qui contient la diversité et qui est la Nature,
Celui qui est l’amplitude de la terre, et la rudesse, et la sexualité de la terre, et la grande charité de la terre, et son équilibre aussi,
Celui qui n’a pas regardé pour rien par les fenêtres de ses yeux, ou dont le cerveau n’a pas donné audience à ses messagers pour rien,
Celui qui contient les croyants et les incroyants, celui qui est le plus majestueux aimeur,
Celui ou celle qui renferme exactement sa proportion trinitaire de réalisme, de spiritualisme et d’élément esthétique ou intellectuel,
Celui qui, ayant considéré le corps, trouve que tous ses organes et toutes ses parties sont bien,
Celui ou celle qui, à l’aide de la théorie de la terre et de celle de son corps, comprend par des analogies subtiles toutes les autres théories,
La théorie d’une ville, d’un poème et de la large politique de ces Etats;
Celui qui croit non seulement en notre globe avec son soleil et sa lune, mais en les autres globes avec leurs soleils et leurs lunes,
Celui ou celle qui, en construisant sa demeure, non pour un jour, mais pour tout le temps, voit les races, les âges, les périodes, les générations,
Le passé, le futur qui y habitent, comme l’espace, inséparablement unis.

QUI VEUT APPRENDRE MA LEÇON ENTIÈRE?