Je suis glacé, je péris de langueur;

De qui t'amène un peu de renommée

Que l'amour pur fléchisse la rigueur.»

Pendant que le chevalier noir chantait ainsi, l'ermite se démenait comme un critique de profession qui de nos jours assisterait à la représentation d'un nouvel opéra. Il rejetait sa tête en arrière sur l'escabelle où il était assis, les yeux à demi fermés; tantôt joignant les mains et se tordant les doigts, il semblait absorbé dans une attention soutenue; et tantôt balançant ses bras, il leur faisait battre la mesure, en même temps qu'il la marquait du pied. À deux ou trois cadences favorites, lorsque la voix du chevalier ne s'élevait point aussi haut que le chant le prescrivait, il y joignait la discrète assistance de la sienne. Quand la romance fut terminée, le cénobite avec emphase déclara qu'elle était bonne et bien exécutée. «Cependant, dit-il, je pense que mon compatriote saxon avait vécu assez long-temps avec les Normands pour tomber dans le défaut du langage langoureux. Que cherchait-il loin de son pays! ou que pouvait-il espérer autre chose à son retour que de trouver sa belle, agréablement consolée par un rival plus assidu! ne devait-il pas appréhender qu'elle n'écouterait pas plus sa sérénade, comme on l'appelle, que le miaulement du chat dans la gouttière? Néanmoins, sire chevalier, je bois à ta santé et au succès de tous les vrais amans. Je crains que vous ne le soyez pas,» ajouta-t-il en observant le chevalier dont le cerveau commençait à s'échauffer par des libations fréquentes, et qui, par méprise, dans cette situation équivoque, remplissait d'eau sa coupe au lieu de bière.

«Pourquoi, dit le chevalier, ne m'avez-vous pas prévenu que ceci était de l'eau de la fontaine de votre bienheureux patron saint Dunstan?»--«Sans doute, reprit l'ermite, il y baptisa des centaines de païens, mais je n'ai jamais appris qu'il en ait bu. Chaque chose dans ce bas monde a une destination qui lui est propre[33]. Saint Dunstan connaissait aussi bien que tout autre les priviléges d'un joyeux frère.» En prononçant ces mots, il s'empara de la harpe, et entonna les couplets suivans, sur un ancien air anglais qui se chante avec un refrain[34].

[Note 33: ][(retour) ] Every thing should be put to its proper use in this world, chaque chose doit être appropriée à son usage ici-bas.

[Note 34: ][(retour) ] L'auteur anglais suppose que le refrain derrydown, équivalant à notre lan, la, remonte non seulement à la période de l'heptarchie, mais même aux temps des druides, et qu'il avait servi de chorus aux hymnes de ces prêtres lorsqu'ils allaient cueillir le gui et le consacrer solennellement sur leurs autels de pierre.A. M.

LE MOINE DÉCHAUSSÉ.

Mon ami, je vous donne un an et d'avantage

Pour chercher de l'Araxe aux bords féconds du Tage: