—Mais par qui et pourquoi cet enlèvement a-t-il été fait? s'écria Mareschal: ne connaissez-vous pas l'endroit où l'on vous a conduite? Earnscliff, où avez-vous trouvé miss Vere?

Avant qu'on eût pu répondre à aucune de ces questions, Ellieslaw survint, et rompit la conférence.

—Quand je connaîtrai parfaitement, dit-il, toute l'étendue de mes obligations envers monsieur Earnscliff, il peut compter sur une reconnaissance proportionnée. En attendant, je le remercie d'avoir remis ma fille entre les mains de son protecteur naturel.

Et en même temps il saisit la bride du cheval d'Isabelle, fit une légère inclination de tête à Earnscliff, et reprit avec sa fille le chemin de son château. Il s'écarta du reste de la compagnie, parut engagé dans une conversation très vive avec Isabelle; et ses amis, voyant qu'il semblait désirer être seul avec elle, ne les interrompirent pas jusqu'à leur arrivée.

A l'instant où les amis de M. Ellieslaw saluaient Earnscliff pour se retirer, celui-ci, peu satisfait de la conduite du père d'Isabelle, s'écria:—Messieurs, quoique ma conscience me rende le témoignage que rien dans ma conduite ne peut donner lieu à un tel soupçon, je m'aperçois que M. Ellieslaw paraît croire que j'ai eu quelque part à l'enlèvement de sa fille; faites attention, je vous prie, que je le nie formellement; et quoique je puisse pardonner à l'égarement d'un père dans un pareil moment, si quelqu'un de vous, ajouta-t-il en fixant les yeux sur sir Frédéric Langley, pense que mon désaveu, l'assertion de miss Vere et le témoignage de mes amis ne suffisent pas pour ma justification, je serai heureux, très heureux de pouvoir me disculper par tous les moyens qui conviennent à un homme qui tient à son honneur plus qu'à sa vie.

—Et je lui servirai de second, s'écria Simon d'Hackburn: ainsi qu'il s'en présente deux de vous, gentilshommes ou non, je m'en moque.

—Quel est, dit sir Frédéric, ce manant qui prétend se mêler des querelles de ses supérieurs?

—C'est un manant qui ne doit rien à personne, répliqua Simon, et qui ne reconnaît pour supérieurs que son roi et le laird sur les terres duquel il vit.

—Allons, messieurs, allons, dit Mareschal, point de querelles, de grâce! Monsieur Earnscliff, nous n'avons pas la même façon de penser sur tous les points; nous pouvons nous trouver opposés, même ennemis: mais si la fortune le veut ainsi, je suis persuadé que nous n'en conserverons pas moins les égards et l'estime que nous nous devons mutuellement. Je suis convaincu que vous êtes aussi innocent de l'enlèvement de ma cousine que je le suis moi-même, et dès qu'Ellieslaw sera remis de l'agitation bien naturelle que cet événement lui a occasionnée, il s'empressera de reconnaître le service important que vous lui avez rendu.

—J'ai trouvé ma récompense dans le plaisir d'être utile à votre cousine, dit Earnscliff; mais je vois que votre compagnie est déjà dans l'allée du château d'Ellieslaw.—Saluant alors Mareschal avec politesse, et ses compagnons d'un air d'indifférence, il prit la route qui conduisait à Heugh-Foot, voulant se concerter avec hobby sur les moyens à employer pour découvrir Grâce Armstrong, ne sachant pas qu'elle lui eût déjà été rendue.