—C'est, sur mon âme, un brave et aimable jeune homme, dit Mareschal à ses compagnons; j'étais presque de sa force à la balle quand nous étions au collège, et nous aurons peut-être bientôt l'occasion de nous mesurer à un jeu plus sérieux.

—Je crois, dit sir Frédéric, que nous avons eu grand tort de ne pas le désarmer ainsi que ses compagnons. Vous verrez qu'il sera un des chefs du parti Whig.

—Pouvez-vous parler ainsi, sir Frédéric? s'écria Mareschal; croyez-vous qu'Ellieslaw pût consentir à ce qu'on fît un pareil outrage, sur, ses terres, à un homme qui s'y présente pour lui ramener sa fille? Et, quand il y consentirait, pensez-vous que moi, que ces messieurs, nous voudrions nous déshonorer, en restant spectateurs tranquilles d'une telle indignité? Non, non. La vieille Écosse et la loyauté! voilà mon cri de ralliement. Quand l'épée sera tirée, je sais comment il faut s'en servir; mais, tant qu'elle reste dans le fourreau, nous devons nous conduire en gentilshommes et en bons voisins.

Ils arrivèrent enfin au château. Ellieslaw y était depuis quelques instants, et les attendait dans la cour.

—Comment se trouve miss Vere? s'écria vivement M. Mareschal; vous a-t-elle donné des détails sur son enlèvement.

—Elle s'est retirée dans son appartement très fatiguée. Je ne puis attendre d'elle beaucoup de lumière sur cette aventure, avant que le repos ait rétabli le calme dans son esprit. Je ne vous en suis pas moins obligé, mon cher Mareschal, ainsi qu'à Mes autres amis, de l'intérêt que vous voulez bien y prendre. Mais, dans ce moment, je dois oublier que je suis père, pour me souvenir que je suis citoyen. Vous savez que c'est aujourd'hui que nous devons prendre un parti décisif. Le temps s'écoule, nos amis arrivent; j'attends, non seulement les principaux chefs, mais même ceux que nous sommes obligés d'employer en sous-ordre. Nous n'avons plus que quelques instants pour achever nos préparatifs. Voyez ces lettres, Marchie (c'était l'abréviation familière du nom de Mareschal, et par laquelle ses amis le désignaient). Dans le Lothian, dans tout l'ouest, on n'attend que le signal. Les blés sont mûrs, il ne s'agit plus que de réunir les moissonneurs.

—De tout mon coeur! dit Mareschal, mettons-nous vite à l'ouvrage.

Sir Frédéric restait sérieux et déconcerté.

—Voulez-vous me suivre à l'écart un instant? dit Ellieslaw au sombre baronnet. J'ai à vous apprendre une nouvelle qui vous fera plaisir.

Il l'emmena dans son cabinet; chacun se dispersa, et Mareschal se trouva seul avec Ratcliffe.