—Où nous en étions ce, matin, je crois, dit Mareschal toujours riant.

—Pardonnez-moi, monsieur Mareschal; faites trêve, je vous prie, à des plaisanteries fort déplacées. Ce matin, nous n'étions pas encore compromis; nous ne nous étions pas déclarés publiquement, comme nous venons de le faire, grâce à votre inconséquence. Et dans quel moment? quand vous aviez en poche une lettre qui ajoute aux difficultés de notre entreprise, et rend la réussite presque impossible.

—Oh! je savais bien tout ce que vous alliez me dire; mais d'abord cette lettre de mon ami anonyme peut ne contenir pas un mot de vérité; ensuite sachez que je suis las de me trouver dans une conspiration dont les chefs ne font toute la journée que former des projets qu'ils oublient en dormant. En ce moment le gouvernement est dans la sécurité, il n'a ni troupes ni munitions; et dans quelques semaines il aura pris ses mesures. Le pays est aujourd'hui plein d'ardeur pour une insurrection; donnez-lui le temps de se refroidir, et nous resterons seuls. J'étais donc bien décidé, comme nous l'avons dit, à me jeter dans le fossé, et j'ai pris soin de vous y faire tomber avec moi. Vous voilà dans la fondrière, il faudra bien maintenant que vous preniez le parti de vous évertuer pour en sortir.

—Vous vous êtes trompé, monsieur Mareschal, au moins quant à l'un de nous, dit sir Frédéric en tirant le cordon de la sonnette., car je vais demander mes chevaux à l'instant.

—Vous ne nous quitterez pas, sir Frédéric, dit Ellieslaw; nous avons notre revue demain matin.

—Je pars à l'instant même, dit sir Frédéric, et je vous écrirai mes intentions à mon arrivée chez moi.

—Oui-dà! dit Mareschal, et vous nous les enverrez sans doute par une compagnie de cavalerie de Carlisle, pour nous emmener prisonniers?—Écoutez-moi bien, sir Frédéric Langley: je ne suis pas un de ces hommes qui se laissent abandonner ou trahir. Si vous sortez aujourd'hui du château d'Ellieslaw, ce ne sera qu'en marchant sur mon cadavre.

—N'êtes-vous pas honteux, Mareschal? dit Ellieslaw; comment pouvez-vous interpréter ainsi les intentions de notre ami? il a trop d'honneur pour penser à déserter notre cause. Il ne peut oublier d'ailleurs les preuves que nous avons de son adhésion à tous nos projets, et de l'activité qu'il a mise à en assurer la réussite. Il doit savoir aussi que le premier avis qu'on en donnera au gouvernement sera bien accueilli, et qu'il nous est facile de le gagner de vitesse.

—Dites vous et non pas nous, s'écria Mareschal, quand vous parlez de gagner de vitesse pour se déshonorer par une trahison. Quant à moi, jamais je ne monterai à cheval dans un tel dessein.— Un joli couple d'amis pour leur confier sa tête! ajouta-t-il entre ses dents.

—Ce n'est point par des menaces dit sir Frédéric, qu'on m'empêche d'agir comme je le juge convenable, et je partirai bien certainement. Je ne suis point obligé, ajouta-t-il en regardant Ellieslaw, de garder ma parole à un homme qui a manqué à la sienne.