Isabelle demanda alors à son père la permission de rester seule dans sa chambre le reste de la soirée.
—Mais ne consentirez-vous pas à voir sir Frédéric? lui demanda son père d'un air inquiet.
—Je le verrai…., quand cela sera nécessaire…, dans la chapelle à minuit. Mais quant à présent, épargnez-moi sa vue.
—Soit, ma chère enfant; vous ne serez pas contrariée. Mais ne concevez pas de sir Frédéric une trop mauvaise opinion, ajouta-t-il en lui prenant la main, c'est l'excès de sa passion qui le fait agir ainsi.
Isabelle retira sa main d'un air d'impatience.
—Pardonnez-moi, ma chère fille; que le ciel vous bénisse et vous récompense! je vous laisse; et, à onze heures, si vous ne me faites pas demander plus tôt, je reviendrai vous voir.
Quand il fut parti, Isabelle se jeta à genoux et demanda au ciel la force dont elle avait besoin pour accomplir la résolution qu'elle avait prise. Pauvre Earnscliff, dit-elle ensuite, qui le consolera? que pensera-t-il quand il apprendra que celle qui écoutait ce matin même ses protestations de tendresse a consenti ce soir à recevoir la main d'un autre? Il me méprisera! mais s'il est moins malheureux en me méprisant, il y aurait dans la perte de son estime une consolation pour moi.
Elle pleura avec amertume, essayant, mais en vain, de temps en temps, de commencer la prière qu'elle avait eu dessein de prononcer en se jetant à genoux; mais elle se sentit incapable de recueillir son âme pour invoquer le ciel. Dans cet état de désespoir, elle entendit ouvrir doucement la porte de sa chambre.
CHAPITRE XV
«……. Le temps et le chagrin
«Ont desséché son coeur, aigri son caractère.
«N'importe, il faut le voir, s'offrir à sa colère;
«Conduisez-nous vers lui……»
Ancienne comédie.