—Bannissez toutes craintes, lui dit son guide, je vous en supplie, et surtout gardez-vous bien de lui en montrer aucune. Il prendrait votre timidité pour l'expression de l'horreur qu'il croit que sa figure ne peut manquer d'inspirer. Adieu pour quelques instants, souvenez-vous des maux dont vous êtes menacée, et que la crainte qu'ils doivent vous inspirer triomphe de vos scrupules et de vos terreurs.

—Adieu, monsieur Ratcliffe, dit Isabelle, je me confie en votre honneur, en votre probité. Il est impossible que vous vouliez me tromper.

—Sur mon honneur, sur mon âme, cria Ratcliffe, élevant la voix à mesure qu'elle s'éloignait, vous ne courez aucun risque.

CHAPITRE XVI

«Dans l'antre ténébreux qui lui servait d'asile,
«Ils le trouvent l'air morne et le regard baissé,
«Par d'affreux souvenirs paraissant oppressé.»
Spenser. La Reine des Fées.

Les sons de la voix de Ratcliffe ne parvenaient plus aux oreilles d'Isabelle; elle se retournait fréquemment pour le chercher des yeux: la clarté de la lune lui donna pendant quelques instants la consolation de l'apercevoir, mais elle le perdit entièrement de vue avant d'être arrivée à la cabane du solitaire. Deux fois elle avança la main pour frapper à la porte, et deux fois elle se sentit incapable de cett effort. Enfin elle frappa bien doucement, mais aucune réponse ne se fit entendre. La crainte de ne pas obtenir la protection que Ratcliffe lui avait promise surmontant sa timidité, elle frappa deux fois encore, et toujours de plus fort en plus fort, mais sans être plus heureuse. Alors elle appela le Nain par son nom, le conjurant de lui répondre, et de lui ouvrir la porte.

—Quel est l'être assez misérable, dit la voix aigre du solitaire, pour venir demander ici un asile! Va-t'en! quand l'hirondelle a besoin de refuge, elle ne le cherche pas sous le nid du corbeau.

—Je viens vous trouver dans l'heure de l'adversité, dit Isabelle, comme vous m'avez dit vous-même de le faire. Vous m'avez promis que votre coeur et votre porte s'ouvriraient à ma voix, mais je crains….

—Ah! tu es donc Isabelle Vere! donne-moi une preuve que tu l'es véritablement.

—Je vous rapporte la rose que vous m'avez donnée. Elle n'a pas encore eu le temps de se faner entièrement depuis que vous m'avez en quelque sorte prédit mes malheurs.