—Mais c'est cette nuit même que je dois consentir à épouser un homme que je déteste, ou sceller la perte de mon père!
—Cette nuit même?… A quelle heure?
—A minuit.
—Il suffit. Ne crains rien, ce mariage ne s'accomplira point.
—Et mon père? dit Isabelle d'un ton suppliant.
—Ton père! s'écria le Nain en fronçant le sourcil: il a été et il est encore mon plus cruel ennemi. Mais, ajouta-t-il d'un ton plus doux, les vertus de sa fille le protégeront.—Va-t'en maintenant. Si je te gardais plus long-temps près de moi, je craindrais de retomber dans ces rêves absurdes sur les vertus humaines, après lesquels le réveil est si pénible.—je te le répète, ne crains rien. Présente-toi devant l'autel, c'est à ses pieds que tu verras mes promesses se réaliser.—Adieu; le temps presse, il faut que je me dispose à agir.
Il ouvrit la porte de sa chaumière, et laissa miss Vere remonter à cheval, sans paraître s'inquiéter de ce qu'elle deviendrait. Cependant, comme elle partait, elle l'aperçut à la lucarne qui lui servait de fenêtre, et il y resta jusqu'à ce qu'il l'eût perdue de vue.
Isabelle pressa le pas de son cheval, et eut bientôt rejoint M. Ratcliffe, qui l'attendait, non sans inquiétude, à l'endroit où elle l'avait laissé.
—Hé bien! lui dit-il dès qu'il l'aperçut, avez-vous réussi?
—Il m'a fait des promesses, répondit-elle; mais comment pourra-t-il les accomplir?