«Rappelez-moi au souvenir de Mareschal. J'espère qu'il ne sera pas inquiété par suite de nos dernières affaires. Je vous écrirai plus au long quand je serai sur le continent. En attendant, je suis votre affectionné père.

«RICHARD VERE.»

Cette lettre contient toutes les lumières que nous ayons pu nous procurer sur les évènements antérieurs à l'époque où a commencé notre narration. L'opinion d'Hobby, et c'est peut-être celle de la plupart de nos lecteurs, était que le solitaire de Mucklestane-Moor n'avait l'esprit éclairé que de cette espèce de clarté douteuse qui suit la nuit et qui précède le jour, et que les ténèbres de son imagination n'étaient interrompues que par des éclairs aussi fugitifs que brillants; qu'il ne savait pas trop lui-même quel but il désirait atteindre, et qu'il n'y marchait point par le chemin le plus court et le plus direct; enfin, que vouloir expliquer sa conduite c'était chercher une route dans un marais où l'on voit des pas tracés dans toutes les directions, sans qu'un sentier battu s'offre à vos yeux.

Lorsque Isabelle eut lu la lettre de son père, elle demanda à le voir; mais elle apprit qu'il avait déjà quitté le château. Il en était parti de très bonne heure, après une longue conférence avec M. Ratcliffe, pour se rendre dans un port voisin, et passer de là sur le continent.

Où était sir Edouard Mauley? Personne n'avait vu le Nain depuis l'instant où il était sorti de la chapelle, la veille au soir.

—Est-ce qu'il serait arrivé quelque malheur au pauvre Elsy? s'écria Hobby: je m'en consolerai moins vite que de l'incendie de ma ferme.

Il monta à cheval à l'instant même, et courut à la demeure du solitaire. La porte en était ouverte, le feu du foyer était éteint; tout y était dans l'état où Isabelle l'avait trouvé la veille, et il paraissait évident que le Nain n'y était pas rentré. Hobby revint consterné au château.

—Je crains que nous n'ayons perdu le bon Elsy! dit-il à
M. Ratcliffe.

—Vous ne vous trompez pas, lui répondit celui-ci en lui remettant un papier mais vous n'aurez pas à regretter de l'avoir connu.

C'était un acte par lequel sir Edouard Mauley, autrement dit
Elsender le Reclus, faisait donation à Hobby Elliot et à Grâce
Armstrong de la somme qu'il avait prêtée au jeune fermier.