Quentin fit ses remerciemens, mais ajouta que tous ses mouvemens devaient être déterminés par ceux de mein herr Pavillon, auquel il était particulièrement chargé de s'attacher; mais qu'il l'accompagnerait bien certainement la première fois qu'il viendrait voir le vaillant Guillaume de la Marck.
—Si vos mouvemens se règlent sur les miens, dit Pavillon, il est probable que vous quitterez Schonwaldt sans un instant de délai; et si vous n'y revenez qu'en ma compagnie, il est à croire qu'on ne vous y reverra pas de sitôt.
L'honnête citoyen ne prononça la dernière partie de cette phrase qu'entre ses dents, comme s'il eût craint de laisser entendre l'expression d'un sentiment qu'il lui était pourtant impossible d'étouffer entièrement.
—Suivez-moi pas à pas, mes braves tanneurs, dit-il à ses gardes-du-corps, et nous sortirons le plus tôt possible de cette caverne de voleurs.
La plupart des Liégeois, du moins ceux qui s'élevaient au-dessus de la canaille, partageaient à cet égard l'opinion du syndic, et il y avait eu parmi eux moins de joie quand ils étaient entrés triomphans dans Schonwaldt, qu'ils n'en éprouvèrent à l'espoir d'en sortir sains et saufs. On ne mit aucun obstacle à leur départ, et l'on peut juger de la joie qu'éprouva Quentin lorsqu'il se vit hors de ces murs formidables.
Pour la première fois depuis qu'ils étaient entrés dans la salle qui venait d'être témoin d'un meurtre abominable, Quentin se hasarda à adresser la parole à la jeune comtesse, en lui demandant comment elle se trouvait.
—Bien, bien, répondit-elle avec le langage laconique de l'effroi; parfaitement bien.—Ne vous arrêtez pas pour me faire une seule question. Ne perdons pas un instant; fuyons, fuyons.
Tout en parlant ainsi, elle s'efforçait d'accélérer le pas, mais avec si peu de succès qu'elle serait tombée d'épuisement si Durward ne l'eût soutenue. Avec la tendresse d'une mère qui veut mettre son enfant hors de danger, le jeune Écossais la prit entre ses bras pour la porter; et tandis qu'elle lui passait le bras autour du cou, sans autre pensée que le désir de se sauver, il n'aurait pas voulu avoir couru cette nuit un péril de moins, puisque telle en était la conclusion.
L'honnête bourguemestre, de son côté, était soutenu et presque traîné par son fidèle conseiller Peterkin et un autre de ses ouvriers; ce fut ainsi qu'ils arrivèrent hors d'haleine sur les bords de la Meuse, ayant rencontré, chemin faisant, plusieurs troupes d'habitans de Liège, qui désiraient savoir quelle était la situation des choses à Schonwaldt, et s'il était vrai, comme le bruit commençait à s'en répandre, qu'une querelle s'était élevée entre les vainqueurs.
Se débarrassant de ces curieux importuns aussi-bien qu'ils le purent, ils réussirent enfin, grâce à Peterkin et à quelques-uns de ses compagnons, à se procurer une barque, et ils purent jouir par ce moyen d'un repos dont avait grand besoin Isabelle, qui continuait à rester presque sans mouvement dans les bras de son libérateur. Ce retour du calme n'était pas moins nécessaire au bon bourguemestre, qui, après avoir fait quelques remerciemens sans suite à Durward, commença une longue harangue adressée à Peterkin, sur le courage dont il avait fait preuve, la bienfaisance qu'il avait montrée, et les périls sans nombre auxquels ces deux vertus l'avaient exposé tant en cette occasion qu'en plusieurs autres.