—Oui-da! dit Crèvecœur en jetant sur Quentin le même regard pénétrant qu'il avait d'abord fixé sur Glover, mais, à ce qu'il parut, avec un résultat moins satisfaisant.—Oui-da! répéta-t-il en imitant, mais sans chercher à l'insulter, l'embarras d'Isabelle; eh! mais ce n'est pas une lame de la même trempe... S'il vous plaît, belle cousine, qu'a donc fait ce... ce vraiment jeune gentilhomme, pour mériter une telle intercession de votre part?
—Il m'a sauvé la vie et l'honneur, répondit la comtesse en rougissant de honte et de ressentiment.
Quentin rougit aussi, mais la prudence lui fit sentir qu'il ne ferait qu'empirer les choses en s'abandonnant à l'indignation qu'il éprouvait.
—Oui-da! répéta encore le comte. La vie et l'honneur! Il me semble, belle cousine, qu'il aurait autant valu que vous ne vous fussiez pas mise dans le cas d'avoir de telles obligations à un si jeune gentilhomme. Mais n'importe, le jeune gentilhomme peut nous accompagner, si sa qualité le lui permet; et j'aurai soin qu'il n'ait à souffrir aucune injure. Seulement c'est moi qui désormais me chargerai de protéger votre vie et votre honneur, et je lui trouverai peut-être une occupation plus convenable que celle d'écuyer de damoiselles errantes.
—Comte, dit Durward, incapable de garder le silence plus long-temps,—de peur que vous ne parliez d'un étranger plus légèrement que vous n'auriez voulu, permettez-moi de vous apprendre que je me nomme Quentin Durward, et que je suis archer de la garde écossaise du roi de France, corps dans lequel on ne reçoit, comme vous devez le savoir, que des gentilshommes, des hommes d'honneur.
—Je vous remercie de cette information, et je vous baise les mains, monsieur l'archer, répondit Crèvecœur sur le même ton de raillerie. Ayez la bonté de marcher à côté de moi en tête du détachement.
Quentin obéit aux ordres du comte, qui avait alors, sinon le droit, du moins le pouvoir de lui en donner. Il remarqua qu'Isabelle suivait tous ses mouvemens avec un air d'intérêt timide et inquiet qui allait presque jusqu'à la tendresse, et cette vue lui fit venir une larme aux yeux. Mais il se rappela qu'il devait se comporter en homme devant Crèvecœur, qui, de tous les chevaliers de France et de Bourgogne, était peut-être le plus disposé à ne faire que rire d'une confidence de peines d'amour. Il résolut donc de ne pas attendre plus long-temps pour lui parler, et d'entrer en conversation avec lui d'un ton qui prouvât le droit qu'il avait d'être bien traité, et d'obtenir plus d'égards que le comte ne semblait disposé à lui en accorder, peut-être parce qu'il était offensé de voir qu'un homme de si peu d'importance avait mérité tant de confiance de sa riche et noble cousine.
—Seigneur comte de Crèvecœur, lui dit-il avec politesse, mais d'une voix ferme,—avant d'aller plus loin, puis-je vous demander si je suis libre, ou si je dois me regarder comme votre prisonnier?
—La question est insidieuse; mais en ce moment je ne puis y répondre que par une autre. Croyez-vous que la France et la Bourgogne soient en paix ou en guerre?
—Vous devez certainement le savoir mieux que moi, monseigneur. Il y a déjà quelque temps que j'ai quitté la cour de France, et je n'en ai reçu aucune nouvelle depuis mon départ.